Quatre tombes célèbres d’artistes inhumés en Ile de France

Bibi

Le 1er novembre, journée de tous les saints dans le calendrier chrétien, est souvent une journée grise, venteuse, voir pluvieuse, et froide. Comme si le ciel réunissait toutes les conditions pour nous refroidir avant le jour J. Toutefois, ce jour est aussi une opportunité pour nous souvenir de tous ceux et celles qui, moins proches de nous, ont disparu, et dont l’existence a, en son temps, apporté du bonheur à l’humanité.

Cette année, je pense à quelques artistes dont j’ai découvert les dernières demeures à l’occasion de mes escapades sportives et culturelles. J’imagine que, comme moi, vous avez pu apprécier l’apport de ces célébrités auxquelles je rends ici hommage. En s’intéressant à ces tombes célèbres, nous ne les oublions pas.

Stéphane Mallarmé, à Samoreau – 77

Stéphane Mallarmé

Né en 1842, il est orphelin de sa mère alors qu’il n’est qu’un enfant, il est élevé avec sa sœur par ses grands parents maternels. Influencé par Lamartine, Hugo, Musset, il publie quelques articles en 1862. Il part à Londres pour devenir professeur d’anglais, et revient enseigner en France. Il a épousé une gouvernante allemande, plus âgée que lui. Elle lui donne une fille en 1862.

Installés en province, très vite, l’ennui le prend. En 1864, il rédige une tragédie « Hérodiade ». Exigeant avec lui-même, il déprime et se met en quête de perfection dans son écriture, tout en rédigeant des ouvrages alimentaires. Il a un fils en 1871 et se lance dans la découverte de Descartes. Mais son fils meurt à l’âge de huit ans, ce qui affecte profondément l’auteur.

Il rencontre Paul Verlaine en 1883 et devient avec ce dernier, le parrain du symbolisme naissant, tout en rêvant encore d’écrire une œuvre parfaite. Il est cependant consacré prince des poètes à la mort de Paul en 1896. Pendant l’affaire Dreyfus, il soutient Emile Zola dans sa position et décède peu après, en s’étouffant. Vivant à Vulaines sur Seine, il est inhumé à Samoreau, avec son fils. Son épouse puis sa fille rejoindront le caveau familial. La tombe n’est plus visitée, pourtant l’homme a marqué son époque.

André Raimbourg, à Montainville – 78

Né en 1917, fils d’agriculteurs, il perd son père un an après, tué par la grippe espagnole. Sa mère se remarie et la famille s’installe à Bourville. Bon élève, il envisage de devenir instituteur mais les règles strictes du pensionnat le rebute. Il rentre à la ferme et anime les bals de village en reprenant les chansons de Fernandel. En 1936, il intègre la fanfare de Fontaine le Dun et devient apprenti-boulanger.

En 1938, pendant son service militaire, il participe à un radio crochet et remporte le prix avec la chanson Ignace. Démobilisé en 1942, il s’installe à Paris, vit de petits boulots, continue à chanter dans les radios crochets et se lance dans le comique avec un rôle tout trouvé : le paysan plouc. Il se marie en 1943 et s’établit à Vincennes.

Bourvil

Avec « les Crayons » en 1945, sa carrière décolle enfin. Il est happé par le cinéma, réoriente son personnage à partir de 1951 et est recruté pour de grands films : la traversée de Paris – 1956, Un drôle de paroissien – 1963, les Cracks – 1967… Appréciant le calme de la campagne, il a emménagé à Montainville, où il reçoit son ami Georges Brassens, qui vit à Crespières.

Un cancer des os lui est diagnostiqué à la suite d’une banale opération, mais l’acteur refuse d’en informer son public et continue à tenir les rôles qu’on lui confie. Le cercle rouge est son dernier film. Il décède après plusieurs mois d’agonie. Son épouse le suit en 1986, tuée dans un accident de voiture en se rendant sur sa tombe.

Jean Cocteau, à la chapelle St-Blaise à Milly la forêt – 91

Cocteau

Issu de la haute bourgeoisie, il est orphelin de père et est élevé par son grand-père. Chez lui, il rencontre des personnalités et est remarqué dès l’adolescence pour ces poèmes. Touche à tout, il se fait défenseur de la peinture, de la musique et de la poésie. Puis il écrit pour le théâtre avant de se lier avec Jean Marais en 1937. Pendant la seconde guerre mondiale, il se lance dans l’écriture pour le cinéma (la Belles et la Bêtes, Orphée…), tout en continuant à rédiger des poèmes (Allégories).

Artiste du décor aussi, il redécore les chapelles de peintures ou mosaïques. Ainsi l’ancienne chapelle d’une maladrerie du 12ème… Il entre à l’académie française en 1955. Participant à toutes les expériences culturelles de son temps avec succès, Cocteau déconcerte.

En 1963, son amie Edith Piaf meurt. Alors qu’il s’apprête à lui rendre hommage, il fait un œdème pulmonaire et décède d’une crise cardiaque dans sa maison de Milly, où il s’est retiré en 1945. Son amant, Edouard Dermit, le rejoint dans la tombe pour l’éternité en 1995.

Jean Gabin, à Mériel – 95

Né en 1904, Jean Moncorgé est le dernier né d’une fratrie de 7 enfants. Avant lui, son père Ferdinand, dit Gabin, se lance contre l’avis paternel, dans une carrière de chanteur en 1885. Après une tournée en province, il est engagé au Concert des ternes, où il rencontre sa future mère, Madeleine Petit, chanteuse et danseuse. En 1901, la famille s’installe à Mériel. Jean y est élevé par sa sœur Madeleine, car jusqu’en 1908, ses parents sont peu disponibles, son père participant à la plupart des revues parisiennes.

Batailleur, il se fait casser le nez en 1914. Il perd sa mère en septembre 1918, quitte l’école et vit de petits boulots : garçon de bureau, manœuvre, magasinier, cimentier, vendeur de journaux. A 17 ans, il rêve de conduire une locomotive, comme son grand-père. Mais un jour en 1922, son père l’entraine dans sa loge et le fait recruter comme figurant aux folies bergères.

Tombes célèbres, Gabin

Jean part faire son service militaire dans la marine et en revient, marié à l’une de ses admiratrices. En 1926, il devient artiste de music-hall et cotoie Mistinguett. En 1928, il intègre sa troupe. Mais il divorce un an plus tard, puis démarre dans le cinéma en 1930 et y enchaîne les films. Après la mort de son père en 1933, Julien Duvivier lui offre des rôles qui en font une star du cinéma dès 1935. Il joue désormais avec les plus grands : Charles Vanel, Pierre Fresnay, Michel Simon, Michel Morgan, Arletty, Bernard Blier…

Refusant de jouer pour les Allemands, il part aux Etats-Unis où il retrouve producteurs et acteurs. Là, il vit une idylle avec Marlène Dietrich, dans une maison prêtée par Greta Garbo. Mais Jean s’ennuie de la France. Alors en 1943, il s’engage dans les forces navales française libres. Il retrouve la France en 1945, les cheveux blancs et décoré de médailles de guerre. Il retrouve Marlène avec qui il tourne deux films au succès mitigé.

En 1949, il rencontre Catherine Fournier, mannequin chez Lanvin, l’épouse trois mois plus tard et lui fait trois filles. Il retrouve enfin le succès de ses débuts, surtout avec Marcel Carmé dès 1950. Devenu riche, il achète le domaine de la Pichonnière, à Bonnefroi en Normandie, puis se lance dans l’élevage de chevaux de course. En 1956, il achète une maison à Deauville et se fait construire « la Mongorcerie » près de son élevage. Bourreau de travail, quand il ne joue pas, il gère son affaire et achète des terres jusqu’à atteindre 150ha. Alors ses voisins paysans finissent par se soulever contre cet accaparement foncier, exigeant de l’aide pour les agriculteurs en difficulté. Cette attitude blesse profondément Jean qui consent à louer deux fermes pour apaiser les tensions.

En 1963, il crée sa société de production avec Fernandel. Maintes fois décoré et médaillé, Jean essuie pourtant l’échec cuisant de n’être jamais accepté du monde de l’élevage. En 1976, le président de la FNSEA lui refuse l’indemnisation de l’impôt sécheresse. Totalement dégoûté, il revend son domaine de la Pichonnière. Quelques semaines plus tard, il meurt d’une leucémie. Conformément à ses vœux, il est incinéré et ses cendres sont dispersées en mer.

Voilà, j’espère que la lecture de cet article vous donnera envie, vous aussi, de découvrir ces tombes célèbres.

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