Origine de la fraise en Ile de France

Bibi

La fraise ouvre la saison des fruits rouges. Elle symbolise le retour du printemps car elle est le premier fruit à récolter de l’année.

Mais est-ce un fruit ? A quelle famille appartient-il ? Depuis quand en consommons nous ?

Un peu de botanique…

Le fraisier est une dicotylédone de la famille des Rosacées. Ainsi, c’est un proche parent des rosiers, des pêchers, pruniers et pommiers. La fraise est le résultat du développement du réceptacle floral, et les fruits sont les petits akènes jaunes que l’on observe à la surface de la formation rouge.

Origines

Connu depuis la préhistoire, le fraisier pousse en sous-bois à l’état sauvage et c’est ainsi que l’homosapien apprend à le déguster.

Réclamant un climat doux à frais, le fraisier est peu répandu dans le sud, notamment autour de la méditerranée. Rares sont les Grecs ou le Romains qui en ont mangé. Cependant, Pline et Virgile lui accordent le nom de Fragaria, en raison de sa fragrance suave.

Mise en culture au moyen-âge

Malgré l’intérêt qu’il présente, il n’est cultivé qu’à partir du haut moyen-âge. Ainsi, en 1368, un écrit fait état de 12.000 plants dans les jardins du Louvre. Mais à l’époque, le fraisier est utilisé pour ses vertus médicinales : feuilles, racines et fruits sont utilisés sous forme de tisanes, sirops, onguents.

En Belgique et en Allemagne, des botanistes parviennent à faire naitre une nouvelle espèce durant le 16ème siècle : Fragaria moschata Weston, plus connue sous le nom de fraisier Hautbois (car ses fleurs sont érigées au-dessus du feuillage) ou Capron. Son fruit est plus gros, mais moins rouge. Cette espèce est dès lors cultivée en France sous le nom de Capron royal. 

Le boom du 18ème siècle

La fraise en panierIl se trouve que la petite plante existe aussi sur d’autres continents. Ainsi, un explorateur du nouveau monde, Jacques Cartier, découvre des fraisiers aux fruits bien plus gros. Il en rapporte des plans du Canada, désignés sous le nom de fraisier écarlate ou de Virginie. Plus résistant que la plante française, cette variété s’adapte très bien en Angleterre et en Bretagne où elle sera cultivée jusqu’à la fin du 19ème

S’en suivent d’autres variétés importés par des explorateurs comme celle du navigateur Amédée François Frézier, envoyé par Louis XIV au Chili et au Pérou, pour étudier les fortifications espagnoles. Le navigateur, féru de botanique, rapporte en 1714 des fraisiers du Chili, sans s’apercevoir qu’il n’emportait que des pieds mâles. Aussi, ses plans ne pouvaient produire des fruits qu’en compagnie d’autres fraisiers, notamment de Virginie.

En 1750, à Plougastel, un centre de production est créé. Il fermera au milieu du 20ème. Mais c’est vraisemblablement du croisement d’un fraisier du Chili avec un de Virginie que naquit un hybride encore connu aujourd’hui, réunissant taille du fruit, saveur de la fraise et parfum d’ananas, le Fragaria x ananassa Duch.

A partir de 1761, Antoine Nicolas Duchesne obtient les premiers croisements entre deux espèces qu’il baptise Fraisier de Versailles. Il consigne ses observations dans son ouvrage “Histoire naturelle des fraisiers” démontrant bien l’origine interspécifique du fraisier cultivé moderne.

Production d’Ile de France

La fierté des maraichers

A partir du 18ème, la France se répand sur les tables de France. La variété originelle – Fragaria vesca de Linné, est progressivement détrônée par une fraise de gros calibre, croisée avec une variété américaine. Mais cette variété supporte mal le climat francilien, aussi, les maraîchers reviennent à la fraise des bois qu’ils améliorent pour aboutir à la fraise de Montreuil. C’est un succès et la production se développe rapidement autour de Paris – Bagnolet, Châtillon, Sceaux, pour gagner le Hurepoix.

La fraise à pleine mainAu 19ème, la fraise parisienne jouit d’une réputation mondiale, autant pour sa qualité que pour les volumes produits. Bientôt, quatre appellations voient le jour : la fraise de Marcoussis et la fraise de Linas, aux abords de la vallée de l’Orge, la fraise de la vallée de la Bièvre et la fraise de la vallée de l’Yvette. Les producteurs cultivent la fraise sur les coteaux ce qui permet d’étaler la production presque toute l’année. Les fruits fragiles rejoignent la capitale par le train. Associée à d’autres cultures, cette production fait souvent vivre tout un village. 

De nouvelles variétés apparaissent sur le territoire : la belle de Meaux, la Meudonnaise… mais une fraise venue du Midi tente de s’imposer sur les marchés.

Une disparition programmée

Au 20ème, cette production artisanale et de qualité s’effondre. En cause, l’industrialisation et l’accaparement des sols très prononcées à partir des années 1950. Dès les années 1970, le coût de la main d’oeuvre, la difficulté de recruter et le développement des transports, mettent fin au temps glorieux de la fraise francilienne.

Aujourd’hui de rares fermes continuent de perpétuer cette production printanière. Si la fraise de Marcoussis reste la plus connue, grâce à la manifestation qui la célèbre chaque mois de mai, chacune de ces fraises ne relève que d’une appellation, car plusieurs variétés, rondes, charnues et rouges, sont cultivées sur chaque territoire.

Minée par les fraises bas de gamme en provenance d’Espagne et du Maroc, la fraise d’antan, sucrée et parfumée, se meurt, faute de consommateurs exigeants pour la sauver. Aujourd’hui, les vallées de l’Yvette et de la Bièvre attirent les citadins qui viennent cueillir les fraises eux-mêmes, tandis que la vallée de l’Orge se consacre à une production intensive, sous serres ou en plein champ, selon diverses techniques.

Une envie d'un circuit en Hurepoix ?

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2 Comments

  1. jacques Becquet Répondre
    2019, 28 mai

    Il est rigolo de savoir que c’est un monsieur Frézier,qui ramène sa fraise

    1. Oui, beaucoup de découvertes portent le nom de la personne qui les a trouvées le premier. A l’époque, ils savaient faire simple parfois.

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