Fruits oubliés du Val d’Oise

Bibi

Pour continuer dans la découverte des spécialités franciliennes,  je vais vous parler aujourd’hui des fruits oubliés du Val d’Oise. Savez-vous que durant plusieurs siècles, le Parisis était réputé pour son arboriculture ? On l’oublie souvent, mais chaque « païs » a su développer des spécialités inhérentes à son terroir : qualité du sol, ensoleillement, pluviométrie.

On ne produisait pas les mêmes fruits partout, car les variétés souches étaient patiemment acclimatées à leur environnement immédiat. C’est de cette harmonisation entre les éléments qu’ont pu naître des variétés de saveurs et textures différentes. Hélas depuis les années 1950, l’agriculture industrielle n’a de cesse de les faire disparaitre au profit d’espèces plus prolifiques, plus insipides et dévastatrices pour l’environnement.

Retrouvons donc la trace de ces fruits autrefois cultivés abondamment dans le Val d’Oise et dont certains ne sont plus que souvenirs.

Des arbres pour produire des fruits

La poire de Groslay

Parmi les fruits oubliés, on compte la poire de Groslay. Cette appellation réunit, depuis 200 ans, le savoir-faire des arboriculteurs du Parisis. Elle regroupe trois lieux de production :  les poires de St-Brice, de Montmagny et de Deuil-la-Barre.

Au cours du 19ème siècle, la capitale devient très demandeuse de fruits frais. Dans le Val d’Oise, Montmorency est déjà connue pour ces fameuses cerises qui font les délices des confitures et des desserts de printemps. Aussi Groslay, commune située à l’est de Montmorency, n’hésite pas à se lancer dans l’arboriculture pour produire des poires vers 1850. C’est une variété américaine, la poire William, qui lance la production. Les derniers pieds de vigne sont emportés par l’épidémie de phyloxéra vers 1890, et les poiriers viennent prendre leur place.

De nouvelles variétés viennent enrichir l’offre de poires : Doyenné de Comise, Beurré hardy, Conférence, Louise Bonne… Les marchés parisiens sont ainsi approvisionnés de la fin de l’été à la fin de l’hiver, grâce à la conservation en cellier. Les fruits sont même exportés en Angleterre.

Fruits oubliés - Poires de Groslay
Crédit photo : Futura Sciences

Mais à partir des années 1950, la désertification des campagnes et le développement de la population parisienne concourent à remplacer les vergers par des cités de béton. Les champs de pivoines, qui alternaient avec les vergers, ont fini par disparaitre à leur tour dans les années 2000.

Aujourd’hui, il faut se rendre tout au nord du Parisis pour apercevoir encore quelques parcelles de vergers, intégrant aussi des pommiers.

La cerise de Montmorency

C’est à partir du 17ème siècle que la gaudriole (famille des amarelles et des griottes) se fait connaitre. Au 18ème, sa culture se développe largement sur les coteaux de Montmorency. A telle point que la cerise est vendue à la criée sur les marchés parisiens. Madame de Sévigné, Rousseau et Voltaire s’en font livrer, tant ils apprécient sa couleur rouge vif, sa chair ferme et acidulée. Avec l’arrivée du chemin de fer, les Parisiens en deviennent hystériques : ils louent les arbres au producteur pour déguster les cerises sur place ! Il faut dire que la belle a bien des atouts.

Cueillie de mi-juin à mi-juillet avec sa queue pour une meilleure conservation, elle est aigrelette en début de saison, mais s’avère idéale en cuisine. Fruits oubliés - Cerises de MontmorencySa chair résiste bien à la cuisson et son goût acide s’accorde avec les  viandes, notamment les gibiers. En conserve, elle entre dans la composition des gâteaux, confitures et gelées. Crue, elle parfume agréablement l’eau-de-vie ou le vinaigre de vin blanc.

Toutefois, dès le début du 20ème, la cerise de Montmorency est progressivement détrônée par la cerise méridionale. Après la seconde guerre mondiale, une vingtaine de variétés de cerises acides sont encore cultivées à Montmorency. Mais comme pour les poires, l’urbanisation progressive de la banlieue porte le coup de grâce aux vergers qui bordent la forêt.

Si aujourd’hui, certains particuliers produisent encore des cerises dans leurs jardins, ce produit populaire est devenu produit de luxe. Il  ne se trouve plus guère qu’à Soisy-sous-Montmorency et à St-Prix. Là, il y a seulement deux variétés : la Montmorency et la St-Aignan greffées sur des merisiers.

Saluons au passage l’initiative de la mairie de St-Prix qui a investi en 2018 dans la création d’un verger conservatoire pour sauver des variétés locales au bord de l’extinction : la poire Besi de Chaumontel, la pomme belle de Pontoise et la cerise gaudriole de Montmorency.

La reine-claude de Montmagny

Fille aînée de Louis XII et d’Anne de Bretagne, née en 1499, la princesse Claude est fiancée à son cousin François d’Angoulême en 1506 . Mais c’est contre l’avis de Anne, jusqu’à sa mort en janvier 1514. Le mariage a lieu en mai suivant, mais François n’est pas attiré par son épouse. Aussi, lorsqu’en 1515, Louis XII meurt, François Ier espère pouvoir casser son mariage pour convoler avec sa maitresse, la jeune veuve Mary d’Angleterre. Mais ce faisant, il aurait perdu la Bretagne acquise par son mariage avec Claude. A moins d’avoir un fils, auquel cas, la Bretagne serait automatiquement rattachée au royaume de France. Le choix est vite fait.

Claude n’a aucun rôle politique, et en l’absence de François, c’est sa mère, Louise de Savoie qui régente le royaume. Claude, la vertueuse, donne sept enfants au roi entre 1515 et 1523. Sa générosité lui vaut le respect et l’affection du peuple, tandis que le roi lui impose l’humiliation de l’abondance de ses maîtresses.

Epuisée par ses grossesses à répétition et l’indifférence de son époux, elle décède à 24 ans. François Ier n’assiste même pas à ses obsèques. A cette époque, une variété de prune récemment arrivée d’Italie et de couleur verte est offerte à François 1er par Soliman le Magnifique. Adoptée par la reine, la variété lui est dédiée : la Reine-Claude.

Cette prune ancienne a depuis été déclinée en sous-espèces : la diaphane, l’Althan, la dorée, la de Bavat.

Fruits oubliés - Reine-Claude
Crédit photo : Gam Vert

Aujourd’hui, elle est encore produite au nord du Parisis, à Ableiges ou à Ecouen. Mais elle a surtout migré dans les Yvelines vers 1840, à Chambourcy, notamment dans le conservatoire des fruits anciens.

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3 Comments

  1. Bonjour
    Où peut on trouver des arbres de ces variétés ( poires, prunes) je suis originaire de Cherence et élu à la roche Guyon.
    Merci

    1. Bonsoir
      Tout d’abord merci pour votre intérêt pour la préservation des espèces et variétés botaniques. Vous pouvez contacter l’association des croqueurs de pommes (rassurez vous, ils croquent aussi les poires et autres fruits) : Croqueurs de pommes ou encore ici L’association sur l’Ile de France.
      Nous espérons qu’ils pourront répondre à votre quête.
      Si vous avez apprécié cet article, aidez-nous à promouvoir notre site en diffusant son lien ou celui de notre page Facebook. Merci.
      En tant qu’élu, nous vous informons que nous sommes par ailleurs en train de préparer plusieurs escapades de découvertes du côté de la Roche-Guyon. S’il était possible d’avoir un relai de communication, nous en serions honorés. Nous espérons avoir l’opportunité de poursuivre l’échange avec vous.
      Au plaisir de partager,

  2. Françoise Champspierre Répondre
    2020, 15 février

    « je n’ai que 60 ans » … et me souviens …

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