Descente en enfer pour la cathédrale Notre Dame de Paris

Bibi

Si vous êtes sensible à la belle architecture, celle qui révèle des savoir-faire ancestraux, alors sans doute êtes vous profondément émus par le terrible incendie qui a dévoré la cathédrale Notre dame de Paris dans la nuit du 15 au 16 avril. D’après les premiers constats après le drame, si les pierres sculptées ont pour leur majorité, résisté à la voracité du feu, il n’en est hélas pas de même pour la forêt qui composait la charpente.

Totalement détruite, cette perte nous étouffe d’émotions et de peine. Adieu les derniers vestiges des chênes primaires de la plaine de France…. Adieu ces témoins silencieux qui ont emmagasiné dans leurs fibres huit siècles d’histoire humaine.

On dit que le bois continue de vivre après avoir été coupé. Nous en sommes personnellement convaincus. Il suffit de constater ce que nous renvoient des meubles travaillés avec amour et soigneusement entretenus. Ce matériau noble est comme une passerelle qui rapprocherait tous les vivants qui l’ont touché.

Aujourd’hui, en hommage à cette grande Dame en souffrance, nous vous offrons le récapitulatif de son édification.

Charpente de Notre dame de Paris
Ludovic Martin, archives AFP

Avant sa naissance

D’un temple à une basilique

Il semble qu’à l’emplacement de Notre Dame, se soit dressé, au début de l’ère chrétienne, un temple gallo-romain dédié à Jupiter. Cette première construction est remplacée par une église au 4ème siècle, puis transformée en basilique dédiée à St-Etienne. Elle est ensuite remaniée au 7ème siècle et l’on sait que ses dimensions sont déjà exceptionnelles pour l’époque – 70m de long pour 36m de large, et son luxe aussi – colonnes de marbre et mosaïques.

Le feu, déjà en 857

Un incendie ayant ravagé l’édifice en 857, il est reconstruit et devient cathédrale. Mais en 1160, l’église romane est devenue trop petite pour la population parisienne qui passera de 25.000 habitants en 1180, à 50.000 vers 1220.

Les étapes de sa conception

La naissance au Moyen-âge

Notre dame, planL’évêque Maurice de Sully décide la construction d’un nouveau sanctuaire, beaucoup plus vaste. Avec l’accord de l’archevêque de Sens, il souhaite s’inspirer de l’art gothique, déjà mis en œuvre dans des édifices récents ou en cours d’achèvement : l’abbatiale St-Denis, les cathédrales Notre dame de Noyon, Notre dame de Laon et St-Etienne de Sens.

Les travaux dureront de 1163 à 1345 et connaitront quatre phases de constructions et autant de maître d’oeuvre. Les pierres de l’église précédente sont récupérées et soit retaillées, soit utilisées pour les fondations. Après l’édification du chœur, suivent la nef, puis les façades et les élévations. En 1250, la cathédrale est en fait terminée et totalement opérationnelle.

Entre temps, St-Louis de retour de croisade y a rapporté la couronne d’épine de Jésus en 1239.

Les portails du transept, construits en style roman, contrastent avec la façade de style gothique. L’évêque Renaud de Corbeil initie leur reconstruction et l’embellissement du tout. Jehan de Chelles, Pierre de Montreuil, Pierre de Chelles, Jean Ravy, Jean le Bouteiller et Raymond du Temple assurent la supervision des travaux jusqu’en 1363.

Cela n’empêche pas Philippe le bel d’y ouvrir les premiers états généraux du royaume en 1302.

L’adolescence à la Renaissance

Notre Dame 1700 - WikimédiaAvec la Renaissance, les artistes, hostiles au gothique, recouvrent de tapisseries et peintures les décors intérieurs jugés « barbares ». Plusieurs familles royales s’y unissent au cours du 16ème, dont les Valois et les Navarre, juste avant la St-Barthélémy.

En 1625, l’architecte Augustin Guillain construit une fontaine sur le parvis pour fournir en eau courante les habitants de l’île.

Louis III puis Louis XIV font remanier le décor intérieur, notamment le chœur en 1699. Il est aéré pour faciliter les circulations et équipé de nouvelles stalles sculptées représentant les deux rois.

En 1756, la cathédrale est jugée trop sombre. Aussi, les chanoines demandent ils aux frères Le Vieil de démolir les vitraux du moyen-âge et de les remplacer par des fenêtres de verre blanc, sauf pour les rosaces. Lorsque la révolution éclate, toutes les statues de la galerie des rois en façade sont décapitées. Les têtes, retrouvées en 1977, sont aujourd’hui conservées au musée de Cluny. Les autres statues du portail sont détruites, sauf la vierge. Puis la cathédrale devient temple de la raison, comme la majorité des édifices religieux de l’époque, avant de servir d’entrepôt.

L’âge adulte

Rendue au culte en 1802, la cathédrale est en danger.  Or à cette époque, personne ne s’intéresse à l’architecture médiévale, jugée très laide. Alors son état de délabrement est juste dissimulé pour accueillir le sacre de Napoléon Bonaparte. Puis elle échappe de peu à la démolition pour servir de carrière de pierres. Emu son sort, Victor Hugo écrit un plaidoyer sous forme de roman pour sensibiliser le public à cette magnificence médiévale en péril. Le mouvement romantique se fait rapidement le relai de son histoire et rassemble plusieurs courants de pensée :

  • les catholiques qui désirent réconcilier la France avec la piété et la foi d’antan,
  • les monarchistes qui s’efforcent de renouer avec un proche passé,
  • et le courant laïc qui prend conscience de la valeur de l’art et et souhaitent préserver les savoir-faire anciens.

Cathédrale Notre dame de Paris en 1840Malgré cet engouement, en 1840, la cathédrale menace de s’effondrer. Les architectes Jean-Baptiste Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc qui se sont illustrés sur les travaux de la Ste-Chapelle, sont mandatés pour élaborer un programme de restauration. En 1845, l’assemblée nationale accepte le plan qui s’élève à 2.650.000 francs au minimum. En 1850, ce premier budget étant épuisé, les travaux sont arrêtés. Mais Viollet-le-Duc continue de se battre pour trouver de quoi financer la totalité des travaux, soit 12 millions de francs en raison de l’état de dégradation profond de l’édifice. Son associé Lassus décède en 1857 et c’est lui qui achève la restauration en mai 1864.

L’œuvre la plus remarquable de la restauration tient aux sculptures – 100 grandes statues, dessinées par Viollet-le-Duc et réalisées pas des artisans de l’atelier de David d’Angers, dirigés par le maître sculpteur Adolphe-Victor Geoffroy Dechaume.

Le parvis est ensuite dégagé pour répondre aux exigences du baron Haussmann entre 1860 et 1870. Ainsi l’hospice des enfants trouvés construit au 18ème, et l’Hôtel-Dieu sont démolis. Leur emplacement est matérialisé par des pavés de couleur claire.

La maturité avant le drame

La cathédrale traverse ensuite les années en échappant à un incendie durant la Commune de 1871, puis à deux guerres mondiales, comme si un la Dame bénéficiait d’un ange pour la protéger.

Notre Dame en 1900 - WikimédiaEn 1965, elle retrouve un peu de gaité : dans la nef, les fenêtres et rosaces de verre blanc du 18ème sont regarnies de 24 vitraux colorés. Non figuratifs, ils sont l’œuvre du peintre-verrier Jacques le Chevallier. Mais en 1968, la pollution a noirci la façade. Alors en 1990, elle est nettoyée par diverses techniques permettant de respecter le matériau.

Puis le grand orgue est informatisé en 2013 et ses tuyaux nettoyés en 2014. Un système de prévention des incendies est mis en place, avec de nouvelles serrures aux portes et un câblage spécifique installés. Enfin, les tours de Notre Dame sont garnies de neuf nouvelles cloches, dont un bourdon, pour lui redonner un ensemble campanaire semblable à celui existant au moyen âge.

Cependant, la pollution continue de créer d’importants dommages (chute de gargouilles, ruine de pinacles…). En 2017, l’archevêché lance un appel aux dons pour réparer la flèche dont il faut refaire l’étanchéité (10 millions d’euros de travaux), pour la sacristie située tout à côté de la cathédrale (10 millions), et consolider les arcs-boutants du chevet (20 à 30 millions)

La catastrophe

Un incendie veut la mettre à terre…

En cette fin d’après-midi du 15 avril vers 18h50, le feu se déclare dans les combles, sous la zone de travaux. Il serait parti de l’échafaudage qui était en cours d’installation pour restaurer la flèche. Très vite, les flammes gagnent l’ensemble de la forêt. Les vestiges des chênes séculaires ne peuvent résister à plus de 1200 degrés et bientôt, l’ensemble de la toiture est en proie au feu.

Notre dame, Chimère-WikimédiaDès le début de l’incendie, des oeuvres sont rapidement sorties de la cathédrale, puis les pompiers prennent « possession » du monument. A l’extérieur, les visiteurs évacués sont rejoints par une foule en émoi. Malgré la fraicheur de la nuit, nombreux sont ceux qui sont restés, immobiles, silencieux, impuissants, à constater l’agonie de Notre Dame, tandis que des croyants ont entonné des chants religieux, espérant, sans doute, mettre fin au calvaire de la cathédrale.

Après presque 9h de lutte, les pompiers sont parvenus à éteindre le monstre ravageur à gueule rouge. 1000m2 de toiture, soit les deux tiers, sont partis en fumée et la flèche de Notre-Dame s’est effondrée, emportant dans sa chute trois reliques à tout jamais perdues.

…mais Notre Dame n’a pas dit son dernier mot.

Notre dame, après le feu - AFPCroyants ou pas, Parisiens ou pas, Français ou pas, les amoureux du patrimoine, les passionnés d’histoire et les simples touristes se sont promis de relever ce témoin de l’art et de l’humanité.

Il serait en effet impensable d’abandonner une telle oeuvre et de promettre à l’oubli toutes les oeuvres et toute l’histoire qui y sont rattachées. Alors oui, promettons nous de rebâtir une cathédrale, comme au temps des moines bâtisseurs. Et n’oublions pas non plus que notre histoire est gravée dans les monuments, celle de la France mais aussi celle des artisans, des besogneux, du peuple tout entier. Notre patrimoine est un livre d’histoire qui raconte certes nos guerres et nos victoires, mais qui va bien au delà. Notre patrimoine nous livre le récit de notre évolution sociale et sociétale. C’est pourquoi il est important de le sauver, de le préserver et de le conserver comme un joyau de l’humanité.

Vous appréciez cet article ?… Partagez-le !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles publiés