Découvrons Saint-Arnoult en Yvelines

Bibi

En s’éloignant de la capitale, le visiteur curieux trouvera de quoi satisfaire son appétit de décor authentique. Nous vous invitons aujourd’hui à visiter Saint-Arnoult en Yvelines, petite ville au sud du département.

Découvrons Saint-Arnoult

Naissance d’une légende

La cité se constitue en pays Carnute, dans l’immense forêt d’Yveline, au croisement de voies romaines.

St-Arnoult-fontaineAu début du 6ème siècle, Arnoul,  noble rémois élevé par St-Rémy, devient évêque de Tours, avant d’épouser la nièce de Clovis. Ce dernier le nomme ambassadeur en Italie, en Espagne puis à Constantinople. Mais en 535, il est assassiné et transporté de Reims vers Tours. Sur le chemin, les Carnutes exigent un droit de péage que le convoi ne peut payer. Sa veuve décide de l’inhumer rapidement dans une grotte. Lorsque l’église le canonise, l’abbaye St-Maur construit un prieuré bénédictin sur son tombeau.

En 935, un moine vend la relique partielle de St-Arnoul au seigneur de Crépy en Valois, qui fonde aussitôt l’abbaye de St-Arnoult au nord de Paris. Mais quand Guy le rouge, seigneur de Rochefort, revient de croisade en 1104, il décide à son tour de célébrer le culte d’Arnoul et répand la nouvelle de la Normandie au Pays chartrain en passant par le Beauvaisis et la Brie. Lorsque les comtes de Montfort récupèrent le fief, ils perpétuent la légende. Le village, situé sur le chemin de St-Jacques de Compostelle, favorise le pèlerinage.

Développement de la ville

A la fin du moyen-âge, le bourg compte 1.500 habitants. Le vignoble des coteaux produit jusqu’à 250.000 bouteilles de vin par an, tanneries et auberges se multiplient, profitant des pèlerins et des marchands qui fréquentent le marché créé par Louis XII en 1498.

Saint-Arnoult, plan-miniEn 1545, les habitants fortifient la ville pour se protéger des brigands. La réputation de la cité lui vaut d’être convoitée par les puissants, dont Philippe le Hardi, Marie de Médicis, et l’un des princes de Condé qui s’en empare en 1562 et livre la ville au pillage durant deux jours. Reconquise, Henri IV la reconnait comme ville en 1599.

Au 18ème, en 1702, les Rohan-Rochefort rachètent la seigneurie aux évêques de Paris. Grâce au marché, l’économie de la ville est florissante. Mais après la révolution, la ville dépérit, les tanneries ferment, la vigne disparait… Ne restent que les bourgeois parisiens qui viennent en villégiature. Le train qui s’arrête à Rambouillet, anéantit le service de messagerie et les auberges.

En 1965, Charles de Gaulle crée le canton de St-Arnoult en Yvelines, ce qui relance l’attractivité de la commune.

Les édifices religieux

Saint-Arnoult en Yvelines, église St-NicolasAprès avoir inhumé Ayoul dans une grotte, un oratoire est érigé au dessus. Chilpéric II donne cette terre aux moines de St-Maur des Fossés en 717.

Au 10ème siècle, ceux-ci érigent un sanctuaire avec une chapelle attenante. Vers 1021, l’abbaye de St-Maur fait construire un prieuré. L’église, dite de Guy le rouge en 1104, est bâtie selon les proportions du nombre d’or (12 rectangles dorés). En 1167, Simon III de Montfort accorde aux religieux le droit de rendre la justice sur le domaine et les fiefs du prieuré. Pour assurer leur autonomie, les religieux disposent d’une ferme imposante. Le colombier de 6 mètres de diamètre témoigne de leur puissance. Il comporte 500 boulins dont la première rangée est située à 1,30 m du sol, hors de portée des rats. Au 13ème, l’église est parée d’un clocher, puis une nouvelle nef vient remplacer le collatéral nord en 1533. En 1536, le prieuré passe sous la juridiction de François Poncher, abbé commendataire. A partir de 1629, l’église est dédiée à St-Nicolas et elle possède son presbytère.

Puis en 1702, son prieur, archevêque de Paris, vend le prieuré à Charles de Rohan. Pendant la révolution, la ferme, le colombier et le prieuré sont vendus comme biens nationaux et partiellement démantelés.

Au 19ème, plusieurs chapelles sont aménagées : St-Arnoult, St-Sébastien… et la crypte est déblayée. La commune restaure l’intérieur de l’édifice au 20ème, puis réhabilite la chapelle St-Arnoul, avec sa statue, son tableau et ses reliquaires.

Les bâtis remarquables

Maisons médiévales

Saint-Arnoult en Yvelines, les papegautsA l’origine, la maison des Papegault est celle des arbalétriers. En effet, les Papegauts sont des oiseaux en carton sur lesquels s’exercent les tireurs
à l’arbalète.

Construite pour le Sieur Boucot, la Boucauderie fait partie du domaine du Mesnil. Louis XIV y dort en mai 1665. Par la suite, les pèlerins en font un lieu de rendez-vous qui se réunissent au Pont Jacquet.

La grande teinturerie est au départ une demeure bourgeoise construite au 16ème. Puis le bâtiment est converti en pressoir, en poste de garde et enfin, en teinturerie-blanchisserie.

Au moyen-âge, huit tanneries se développent au bord de la Rémarde. Cette activité reste très dynamique jusqu’au 18ème. Napoléon III vient s’y fournir en gants. Au fond de la cour de la tannerie Poupinel, subsiste une cheminée tronquée.

Construit au 18ème, le Cheval bardé est l’hôtel particulier du capitaine de vaisseau, Jean Hubert. Ce dernier commande le navire “Indomptable” durant les batailles napoléoniennes. Il décède à Trafalgar en octobre 1805. Son épouse, Yvonne Hyacinthe de L’Écluse, meurt dans son hôtel en juin 1815.

Moulin neuf

St-Arnoult-moulin neufCette bâtisse est donnée en 1167 par le seigneur de Montfort aux moines bénédictins qui occupent alors le prieuré. Par la suite, Charles Rohan, prince de Guéméné, en devient le propriétaire. Invité par la famille, Louis XVI y trace en 1782, les grands chemins de chasse de la forêt environnante. Le moulin est revendu après la révolution et passe dans la famille Genet. Puis il est acheté par le pharmacien Sicre qui le revend aux Lebon, dont l’un des membres crée le gaz d’éclairage. Cependant, la meule du moulin reste active jusqu’au milieu du 20ème siècle.

En mars 1974, la veuve de Marcel Lebon en fait don à la ville. Mais c’est l’abbé Lechauguette qui oeuvre pour en faire un musée des arts et traditions populaires. Depuis, la société historique y a domicilié son siège.

Moulin de Villeneuve

St-Arnoult, moulin de VilleneuveBâti à la fin du 17ème siècle, ce moulin cesse son activité, sans doute au début du 20ème. Jusque là, le moulin vit : l’eau entraine les engrenages, les meules, les trémies, et les moutures créent une poussière blanche de farine, tandis que les attelages cahotent sur les pavés de la cour, entre les va et vient des hommes chargés de sacs. Il est acheté en 1951 par l’écrivain Louis Aragon pour son amour russe, Elsa Triolet. Ensemble, ils aménagent le parc pour en faire leur source d’inspiration et chinent chez les antiquaires pour meubler l’habitation. Le couple y écrit quelques-unes des plus belles pages de la littérature française, jusqu’à la disparition d’Elsa en juin 1970.

Depuis 2014, le parc accueille un “bal parquet”, construit entre 1943 et 1946 selon la mode de l’époque, avec vitraux et bois, ce qui lui vaut d’être inscrit aux monuments historiques. Si la maison est devenue musée, le “Dancing” propose des expositions, rencontres et spectacles musicaux.

Et ailleurs…

À Saint-Arnoult en Yvelines, les habitants sont bienheureux.

Les amateurs de fromage peuvent se fournir au Cellier à fromages pour trouver des spécialités au lait cru AOP ou de petits producteurs, affinés à point. La patronne propose aussi une sélection de vins issus de vignerons de diverses régions. Les plus gourmands pourront aussi tenter par des produits d’épicerie fine pour accompagner les fromages.

St-Arnoult-spécialitéEn 2008, la commune propose aux habitants de voter pour LA spécialité de la ville. Sept desserts sont d’abord proposés aux organisateurs qui en retiennent trois pour le scrutin populaire. Dégustés par 600 visiteurs, le Bon St-Arnoult sort gagnant. Imaginé par Yves Merrifield, le dessert se compose de biscuit au cacao, de crème pralinée et parsemé d’amandes et de noisettes pilées. Bien que la recette soit livrée sur le site de la ville, la pâtisserie ne désemplit pas de commandes pour les repas de famille.

En 1822, 25ha de vignes sont encore cultivées sur les coteaux. Le phyloxera détruit la quasi totalité du vignoble à la fin du 19ème. Mais depuis 2002, l’association Le sarment arnolphien relance la production sur un terrain communal, avec  1260 pieds de Chardonnay. Ce raisin blanc est cultivé avec soin, selon la taille dite double cordon royat, pour produire une bouteille par pied. Avec ses saveurs subtiles, tantôt fruité, tantôt fleuri, et un degré d’alcool de 12,5°, le Clos du Prieuré est un vin de qualité. La cuvée annuelle oscille entre 500 et 1500 bouteilles. Cette initiative favorise par ailleurs les échanges citoyens et permet de faire découvrir la vigne aux écoliers. Un verger vient depuis peu compléter l’attrait de la vigne.

Crédits photos : NathyB, Gallica, Musée de la ville, P.Poschadel 

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