Découvrons Noisiel

Bibi

Continuons à faire vivre notre curiosité d’authenticité pour cultiver notre esprit d’aventure. Cette semaine, nous allons à Noisiel.

Découvrons Noisiel

Aux origines

Noisiel, carte archive

Le village s’établit près d’un moulin à farine, implanté au bord de la Marne au 11ème siècle. Le sénéchal Anseau de Garlande cède ses terres de Noisiel au prieuré de Gournay. Les religieux y érigent une chapelle et s’adonnent à la viticulture et au bûcheronnage. Progressivement, des activités se développent. Ainsi, un port fluvial permet dès le 15ème de livrer des marchandises à Paris. Puis les prieurs vendent une partie de leurs terres à Jean du Tremblay, secrétaire du roi. Le seigneur suivant, Yves Mallet, possède déjà les fiefs du Luzard et du Buisson St-Antoine, où il tient moyenne et basse justice. A l’opposé du port, il se fait bâtir un château avec ferme seigneuriale. En 1686, Louis Mallet, conseiller au parlement, lui succède et récupère le moulin à eau. A sa mort en 1738, le village ne dépasse pas 15 maisons situées autour de la ferme du Buisson.

A l’ère industrielle

Noisiel, la place du villageLe village change radicalement au 19ème. Les Menier investissent dans le chocolat culinaire et créent la tablette en 1836. L’un d’eux décide de réorganiser la chaine de production en traitant tout sur place, de l’entrée du cacao en début de chaine, en passant par son tri, sa torréfaction, l’addition de sucre, la chauffe, le moulage, le refroidissement, le conditionnement, et la distribution. A partir de 1876, les frères créent leur cité ouvrière : logements, bains-douches, lavoirs, cabinet médical, officine, mais aussi coopératives, réfectoire, cafés-restaurants, groupe scolaire, bibliothèque de 1200 livres, maison de retraite et mairie. Des éboueurs et des pompiers privés assurent l’hygiène et la sécurité. L’empire dure encore cent ans. Après plusieurs tentatives de relance, l’usine fait faillite. En 1995, Nestlé y installe son siège France. Mais en 2017, l’entreprise décide de quitter le site.

Ses bâtiments remarquables

La construction d’une usine…

Noisiel, le moulin SaulnierEn 1825, l’atelier parisien de suppositoires du pharmacologue Jean-Antoine-Brutus Menier est devenu trop petit. Aussi installe-t-il sa fabrique dans le moulin de Noisiel. Son fils Emile-Justin prend la direction de l’usine en 1853 et souhaite agrandir l’usine avec la construction de 12 bâtiments le long de la Marne. Alors, il mandate l’architecte Jules Saulnier pour construire l’usine. Le nouveau moulin servira au broyage des fèves, dont la torréfaction se fera dès 1866, après triage, sous la Verrière. De plus, plusieurs patios permettent de conditionner, empaqueter et expédier la production. Rapidement, les effectifs passent de 50 à 325 ouvriers en 1867. Devenu maire en 1871, il fait raser l’ancien village en 1874. Il fonde la Revue économique et investit massivement : 1.500ha de terres couvrant les communes alentours, deux plantations de cacaoyers, une île, des châteaux, des hôtels particuliers, des villas… Enfin, il fait construire 66 maisons et une école pour ses ouvriers, en s’inspirant de ce qui se fait en Angleterre ou à Mulhouse. Tout le monde connait alors le “Baron cacao”. A sa mort en 1881, ses fils prennent sa suite. En 1882, Gaston est nommé président de l’union des chocolatiers et confiseurs de France.

… devenue cité ouvrière

Noisiel-cathédrale et pont hardiDans  l’usine, 2.200 ouvriers produisant 70t/jour de chocolat. En 1884, l’ingénieur Jules Logre réalise la Halle Eiffel pour les machines de refroidissement des caves à chocolat. Les Nefs accueillent dès 1886 des ateliers de métaux et de bois, situés de part et d’autre de la voie ferrée de la ferme. La Colonnade agrandit l’espace de stockage en 1887. Puis en 1890, l’Arcade accueille remise à voitures et écuries. Enfin, Gaston fait construire 85 maisons de plus. En 1908, il réceptionne la Cathédrale, premier bâtiment en béton armé. Le pont hardi relie bientôt ce bâtiment à l’autre rive de la Marne, 44,5m plus loin, un record à l’époque. Gaston reste seul aux commandes de l’usine dès 1914 et la main d’oeuvre féminine lui permet de poursuivre son ascension. Aussi en 1923, il fait réhausser l’atelier de torréfaction et lance sa Confiserie de bonbons à l’unité. La marque gagne une réputation mondiale. Toutefois, mise en difficulté après la seconde guerre mondiale, la marque s’effondre en 1963. L’usine est rachetée par Ufico-Perrier en 1965, et un promoteur rachète la cité pour revente des maisons. Plusieurs bâtiments sont inscrits au patrimoine en 1986, le moulin l’est en 1992.

Ferme du Buisson

Noisiel, la ferme du buissonEmile-Justin est déjà propriétaire de sucreries et plantations de cacao au Nicaragua lorsqu’en 1880, il mandate Eiffel pour remplacer une ferme briarde du 18ème siècle, par un bâtiment de production laitière moderne. Il y teste de nouvelles technologies, réalise des essais chimiques dans son laboratoire, et en 1889, il y accueille le concours de machines agricoles de l’exposition universelle de Paris. Une ligne privée de 10km rallie la réseau ferré Paris-Mulhouse. Dès 1920, les ouvriers profitent de la production de céréale, oeufs et lait. Lorsque l’usine ferme, la société d’aménagement rachète la halle mais la laisse à l’abandon. Cependant, le quartier est le premier reconstruit de la ville nouvelle. Et en 1976, le projet nait de réhabiliter la ferme. Les premières manifestations culturelles ont lieu en 1983 et la ferme est classée en 1986. En 1990, elle héberge un théâtre et un cinéma. Puis la halle, l’abreuvoir et le caravansérail sont aménagés et en 2002, un festival s’y tient en partenariat avec Arte.

Ses édifices religieux

Noisiel, l'église St-MédardUne église St-Médard est bâtie dans le prieuré de Gournay au 12ème siècle. Elle survit à la guerre de cent ans, mais s’effondre durant les guerres de religion. En 1602, sur les terres données par les prieurs, le seigneur de Tremblay fait reconstruire l’église ravagée durant la guerre de cent ans puis la ligue. Puis le seigneur Yves Mallet l’agrandit d’une sacristie et deux chapelles en 1670. Désaffectée pendant la révolution, puis détruite en 1851, elle manque aux villageois qui n’ont plus de lieu de culte. Aussi, en 1856, le duc de Lévis confie sa reconstruction à l’architecte Louis Lenormand. Emile Menier, rejetant la religion de son projet, édifie sa cité ouvrière en retrait de l’église, sans accès direct. Ainsi, les 200 places sont rarement occupées.

Et ailleurs…

En vous promenant dans le vieux bourg de Noisiel, vous verrez des pavillons typiques, destinés à deux familles. Ces logements indépendants de 64m², comprennent 2 chambres, une cuisine et un séjour, et un jardin de 300m² pour améliorer le revenu du foyer (potager, lapins, volailles). Des bornes apportent l’eau dans la rue, tous les 45m. Au milieu des parcelles, d’autres maisons abritent 4 logements et autant de jardins privatifs. Aux angles des rues, des demeures avec cabinets de toilette sont réservées aux employés et ingénieurs. Lorsqu’il quitte l’entreprise, le salarié abandonne un loyer qui ne lui revient qu’à 2 ou 6 jours de travail, ce que notre système social actuel ne nous propose pas.

Ainsi, Noisiel, édifiée par la famille Menier, était sociale et humaine, bien avant que certains en fassent un sujet politique pour soigner leur électorat.

Crédits photos : NathyB, Thibault Taillandier, JiPir

Vous appréciez cet article ?… Partagez-le !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles publiés