Découvrons Montfort-l’Amaury

Bibi

Le sud-ouest de l’Ile de France a été, durant plusieurs siècles, sous la domination d’une puissante famille : les Montfort. C’est ici que l’un des descendants du premier comte donna son nom à Montfort l’Amaury.

Découvrons Montfort-l’Amaury

De Hainaut à Montfort

Montfort-l'amaury, chateau-fortJusqu’au 10ème siècle, les religieux de l’abbaye de St-Germain des prés vivent de l’agriculture sur le versant ouest de la Mauldre. Mais en 996, Guillaume, comte de Hainaut, est chargé par Robert le pieux de défendre la frontière du royaume contre les invasions normandes. En épousant la dame de Nogent, il gagne ses terres dont Montfort, où il fait aussitôt bâtir un château-fort en bois. Il érige aussi l’église St-Martin, en bas, près du prieuré bénédictin St-Laurent fondé par les religieux.

Son fils, Amaury Ier, reconstruit le château en pierre et donne son nom au village en 1003. En 1028, il s’allie avec d’autres seigneurs pour faire allégeance au roi Henri Ier. Ses fils se partagent ensuite ses possessions en 1053 : à Simon Ier Montfort l’Amaury, et à Mainier Epernon. Soutien du roi, Simon est fait baron en 1058. En épousant Agnès d’Evreux, il gagne son comté. En 1072, il donne l’église et le prieuré à l’abbaye de St-Magloire de Paris. A sa mort en 1087, la baronnie revient à Simon II tué lors du siège de la ville en 1092.

Une baronnie versus comté

Montfort, les ruinesAmaury III devient comte d’Evreux en 1118 tandis que sa soeur, Beltrade, intrigante, épouse illégalement Philippe Ier après l’avoir poussé à quitter la reine. Montfort est confié à Amaury IV en 1137, puis à Simon III en 1140. Aussitôt, Bertrade cherche à éliminer Louis le gros, futur héritier du trône. En vain. 

En 1181, l’héritage revient à Amaury V, puis Amaury VI, alors que les Normands envahissent de nouveau le territoire. Nommé chef des armées du Vexin français, Amaury parvient à repousser les Anglais en 1195. Mais sans héritier, il finit par vendre le comté d’Evreux à Philippe-Auguste en 1200, puis laisse le comté de Montfort à son cousin Simon IV. En 1204, celui-ci épouse la comtesse de Leicester, et laisse au roi d’Angleterre, ses forteresses de Rochefort, Epernon et Montfort. Dès lors, les Montfort vont oeuvrer à étendre leur territoire jusqu’à posséder les comté de Narbonne et Toulouse, puis le duché de Bretagne.

Intégration au domaine royal

Montfort_rue st laurentEn 1419, Montfort est saccagée et occupée par les Anglais. Le territoire des Montfort revient en 1442, à François II d’Etampes. Sa fille, Anne de Bretagne, devient reine de France, et fait reconstruire le château. Sa fille Claude apportera ses titres à François Ier en 1532. Intégré au domaine royal en 1547, le château de Montfort est en ruine au sortir des conflits. Les propriétaires suivant sont Henri II et Catherine de Médicis, puis les ducs d’Anjou, d’Alençon, d’Epernon, la duchesse de Chevreuse et Louis XIV.

Le couvent des Capucins est construit de l’autre côté du château, puis confié à Père Joseph, conseiller de Richelieu. Henri IV y fait escale en 1591. Alors qu’il fait construire son nouveau château, Louis XIV échange Montfort avec des terres du duché de Chevreuse. Ainsi, en 1692, Montfort et Houdan deviennent propriétés du duc de Luynes, Charles-Honoré d’Albert. Restant  proches de la cour, des hobereaux se font construire des hôtels particuliers et le château de Chatelluis pour séjourner en été. Lorsque la révolution éclate, malgré la guillotine installée place normande, le duc héritier est autorisé à vendre ses biens et à conserver le château de Chevreuse, tandis que le couvent et sa chapelle sont démolis.

Temps modernes

Montfort l'amaury, manoir hôtelLe village plonge ensuite dans le calme des bourgs campagnards, où des officiers militaires prennent leur retraite. Mais il attire aussi des artistes, séduits par son charme et sa quiétude. Maurice Ravel y compose plusieurs oeuvres dont le Boléro, et Victor Hugo s’en inspire pour écrire Ode aux ruines. Puis Colette et Paul Morand y séjournent. Le poête Gustave Khan y vit jusqu’en 1936. Durant la seconde guerre mondiale, la résistance s’organise très tôt avec les communistes, mais lorsque la Kommandantur vient y prendre ses quartiers, plusieurs sont arrêtés. En août 1945, au moment de la libération, le maire d’origine alsacienne est arrêté et meurt en prison.

Les édifices religieux

Montfort-l'amaury, église St-MartinLa première église, dédiée à St-Martin, est édifiée vers 1050 par le seigneur Guillaume de Hainaut, fils d’Amaury Ier, comte de Flandre. Détruite pendant la guerre de cent ans, il n’en reste que le côté nord de la tour romane. Alors la construction d’une nouvelle église est lancée en 1491 par Anne de Bretagne et continuée par sa fille Claude. L’un de ses cousins, André de Foix, seigneur de Montfort en 1524, y entreprend quelques aménagements et la pare de superbes vitraux. Le style renaissance succède au gothique, avec les bustes des derniers seigneurs porte méridionale.

Dans le même temps, avec les guerre et les épidémies de peste, le cimetière, devenu trop petit, est déplacé à la Brosse et construit comme un cloître. Les galeries accueillent les corps retirés de l’ancien cimetière. S’y ajoute une chapelle au 16ème siècle.

Montfort l'amaury, le charnier

Au 17ème, les bas côtés de l’église sont rallongés et un clocher ajouté. Classée aux monuments historique en 1840, l’église échappe aux dégradations durant les deux guerres mondiales et présente encore 37 verrières uniques en Ile de France.

Quant au cimetière classé en 1875, on y trouve de nombreuses personnalités politiques et artistes, dont la duchesse de Chârost, les comtes de la Boïssière-Chambors et de Dion, Céleste Albaret (gouvernante de Marcel Proust), la journaliste Germaine Beaumont,  le comédien Jean Marchat, l’actrice Dany Robin,  l’acteur Georges Marchal, le compositeur Georges Garvarentz, le journaliste sportif Thierry Gilardi, le chanteur Charles Aznavour…

Et ailleurs…

Château de Groussay

Montfort, chateau de GroussayLa duchesse de Charost, fille de la gouvernante des enfants de Louis XVI, achète et fait reconstruire le château de Groussay en 1815. Avec sa mère, elle y reçoit la duchesse d’Angoulême en 1832. En 1843, la comtesse Julie de Pahlen acquiert le domaine et y invite le couple impérial. Puis en 1873, elle revend son château à Henriette Dufour d’Hargeville.

Au début des années 1930, le riche héritier Charles de Beistegui, cherche à acquérir un lieu néo classique qu’il pourra revisiter. Grâce à Jacques de Lacretelle qui réside à Montfort, il achète en 1938 le château de Groussay. Il en garde la jouissance durant la seconde guerre mondiale et y effecture de grands travaux de transformation. Dès 1949, il aménage son parc avec des fabriques, puis fait agrandir le château en 1952, avec théâtre, bibliothèque, galerie de tapisseries… Ce collectionneur d’arts y invite Jean Cocteau, Marcel Achard, Sacha Guitry, Paul Morand, Orson Wells, Marie-Laure de Noailles, Louise de Vilmorin…  Son neveu hérite en 1970, puis revend le château en 1999, à Jean-Louis Remilleux, producteur. Jetant son dévolu sur un autre château, ce dernier le revend en 2012 à Rustam Madumarov, homme d’affaire.

Le belvédère

Montfort-belvédèreSéduit par la beauté du lieu, Maurice Ravel  s’installe au Belvédère en 1921. Il l’aménage pour en faire son refuge pendant 16 ans. Quand il ne compose pas, il reçoit ses amis à qui il montre ses collections insolites d’objets étranges : tasses à café trouées, boîtes romantiques… Transformée en musée, la maison de Ravel se visite uniquement avec un guide et en comité restreint. L’association des Journées Ravel plonge chaque année la ville et certaines communes voisines dans l’univers ravélien à travers différents concerts.

Pour les gourmands, on trouve à Montfort-l’Amaury une spécialité liée à son histoire. La feuille de Dreux est une sorte de camembert affiné sur une feuille de châtaignier. Pour trouver ce produit, il suffit de se rendre à la Fromagerie de Montfort. Mais pour le voyage, il faut, en le dégustant, rendre hommage aux seigneurs de Montfort et de Dreux.

Crédits photos : NathyB, musée Maurice Ravel, PhilDic, Jacques Souben

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