Découvrons la ville de Louveciennes

Bibi

Ce n’est pas parce que le mauvais temps se présente, que l’on doit renoncer au plaisir d’être curieux et de vivre de nouvelles aventures. Allez hop ! Nous vous emmenons dans la ville de Louveciennes.

Découvrons Louveciennes

De l’ancien régime…

Ville de Louveciennes, Vieux bourgLes hommes peuplent le territoire dès l’époque gallo-romaine. Dans une charte de 862, Charles le Chauve donne cette terre à l’abbaye de St-Denis, qui investit aussitôt les coteaux pour produire du vin. Le village nait au 11ème siècle, autour d’une petite église. Le fief est partagé entre les religieux et les Montmorency, seigneurs de Marly. Progressivement, les vergers se joignent aux vignes. Puis le village prend le nom de Luciennes au 15ème. Le village ne fait ensuite plus parler de lui jusqu’au 17ème.

Louis XIV décide de s’installer à Versailles avec sa cour. En 1679, fuyant la cour, il découvre bientôt un vallon inaccessible derrière la colline de Marly. Il y fait construire un ermitage pour s’y retirer à loisir. Peu à peu bâtiments, jardins, statues et jeux d’eaux s’ajoutent à l’ermitage. Puis il lance la construction de la machine pour approvisionner en eaux ses jardins. A partir de 1681, l’artistocratie se fait édifier pavillons et châteaux pour rester proche du pouvoir. Dans le bourg, tous les services dont le roi a besoin apparaissent, tandis que la petite noblesse et la bourgeoisie se font bâtir des demeures avec de grands parcs. Luciennes devient Louveciennes, mais elle n’attire plus autant.

…jusqu’à nos jours

Louveciennes, maison RenoirAprès la révolution, l’église est transformée en grenier à foin et n’est plus entretenue. Par ailleurs, la grande bourgeoisie récupère les grandes demeures et y invite écrivains et artistes. Une importante activité de blanchisserie se développe grâce à la présence de nombreuses sources et d’une demande conséquente. Les lavandières attirent peintres et romanciers venant canoter sur la Seine. Le lieu est propice et les progrès de la peinture en tube permettent de travailler à l’extérieur. Ainsi arrivent  Camille Pissaro et Alfred Sisley, tandis que Renoir y retrouve ses parents et sa sœur. Les nouveaux visiteurs acquièrent de nombreuses villégiatures. L’église, classée monument historique en 1868, profite enfin d’un entretien régulier. Pendant le siège de Paris de 1870, les arcades de l’aqueduc sont utilisées comme observatoire par les troupes ennemies. Le roi de Prusse Guillaume Ier y est victime d’un attentat à la bombe, mais s’en sort indemne.

Malgré les pressions démographiques du 20ème, la commune résiste à l’urbanisation galopante, n’autorisant que le lotissement des parcs sous certaines conditions. Dès 1937, la mairie investit le château de Beauséjour. A la fin du siècle, Brigitte Bardot, Catherine Lara, Agnès B, Jean-Pierre Pernaut, Jean-Hugues Anglade, Richard, Berry Jeane Manson, Michel Rocard s’invitent à Louveciennes.

Châteaux et demeures

Château du pont

Louveciennes, château du pont 17ème siècle

L’abbaye de St-Denis, propriétaire des terres, dirige cinq fiefs sur le territoire. Au 12ème siècle, les religieux cèdent l’un d’eux à Guillaume, vassal de Louis VII.  Il s’agit alors d’une grande ferme qu’il transforme en manoir. Il fait creuser des douves autour du logis médiéval et bâtir un pont, puis il se fait appeler Guillaume du Pont. Claude Nau, seigneur de Neufville et secrétaire de Marie Stuart, l’acquiert au 14ème.  Le fief est ensuite revendu en 1576. La même famille l’agrandit entre 1658 et 1771. Jeanne Baudot, élève de Pierre-Auguste Renoir, l’immortalise durant l’hiver 1948. Cette propriété, la plus ancienne de Louveciennes, est encore aujourd’hui dans la même famille.

Château de Louveciennes

Louveciennes-château du parcUn château est élevé ici au 15ème siècle, pour le seigneur Jean de Louveciennes, en remplacement d’un précédent château-fort. Au 16ème, Pierre de Sopitte, valet de chambre du roi, acquiert le château. Son petit-fils, gentilhomme ordinaire du roi, le vend en 1685 au marquis de Beringhen, premier écuyer de la Petite écurie. Reconstruit au milieu du 18ème, le château reçoit le comte Pierre-Alexis Magalon de La Mortière, lieutenant général de Louis XV et doyen des généraux de la 1ère république. Une folie orne le parc où Madame Vigée le brun, en voisine, vient peindre en été. D’autres grands noms se rendent ensuite au château : le maréchal Magnan, le libraire-éditeur Émile Baillère, son gendre Marcilhacy… Inscrit aux monuments historiques en 1941, le château héberge le petit-fils de Georges Clémenceau. Puis la Caisse des dépôts lui rachète le château pour y construire des logements pour les fonctionnaires parisiens.

Château du Barry

Louveciennes, pavillons des eauxLa demeure bâtie en 1684 sert à loger Arnold de Ville, gouverneur de la machine. Puis Louis XV l’utilise pour ses filles. En 1769, il confie à Ange-Jacques Gabriel, l’agrandissement du bâtiment pour la comtesse du Barry. A son tour, celle-ci fait construire par Claude-Nicolas Ledoux, un pavillon dominant la Seine, avec salle de réception, balcons et salons. Elle charge Fragonard de décorer l’un d’eux, mais capricieuse, elle refuse ses oeuvres. Pendant la révolution, elle se rend plusieurs fois à Londres pour récupérer ses bijoux volés. Dénoncée par un habitant de Louveciennes, elle est sauvée par une pétition, puis de nouveau arrêtée. Pensant sauver sa tête, elle révèle où sont cachés ses bijoux, mais elle finit guillotinée. Après la terreur, le château sert un temps de salles de concerts intimistes. Le parfumeur François Coti achète le pavillon de musique. Il met au point ses parfums dans les sous-sols qu’il fait aménager.  A la fin du 20ème, un milliardaire japonais rachète le château. S’étant fait établir une fausse procuration au Consulat au Japon, sa fille entreprend de vendre le mobilier. Un antiquaire anglais finit par alerter la gendarmerie. Le maire intervient et parvient à sauver les boiseries, déjà entreposées dans le parc pour être chargées. Finalement, une famille franco-britannique rachète et restaure le château et son parc.

Château de Voisins

Louveciennes, château de VoisinsLe marquis d’Ussé achète un château bâti sur la butte au milieu du 17ème siècle. Il le revend en 1696 au marquis Louis Oger de Cavoye, grand maréchal et ami d’enfance de Louis XIV. Le marquis y reçoit Racine, Boileau et Jules Hardouin-Mansart. Puis le domaine passe à Louise-Elisabeth de Bourbon-Condé. Elle revend le château en 1787 au banquier Laurent-Vincent Le Couteulx de la Noraye, dont l’épouse, Françoise-Charlotte, reçoit philosophes, écrivains, poètes et ingénieurs pour débattre sur les principes de la révolution. Concordet, Choderlot de Laclos, Trudaine et Madame de Staël sont des habitués, tout comme le poète André Chénier. Sa soeur hérite et épouse le comte Hocquart de Turtot en 1818. Ils font reconstruire le château en 1820. Leurs héritiers le revendent en 1857 à Charles Tavernier, marchand de soieries. Dans le parc, celui-ci fait bâtir un pavillon pour sa belle-mère. Puis le domaine passe à Guillaume Beer, banquier, qui y établit un orphelinat en 1880. Son épouse écrivain reçoit souvent Leconte de Lisle. De santé fragile, le poète y meurt en 1894. Après la première guerre mondiale, Colette, Jean Cocteau, et la tragédienne Julia Bartet sont des habitués des lieux. Mais durant la seconde guerre mondiale, les Allemands occupent le domaine, déportant les enfants juifs de l’orphelinat. Les derniers propriétaires cèdent le tout à la Banque Nationale de Commerce et d’Industrie en 1946. Elle y fait des aménagements sportifs, suivi d’un centre de formation en 1992.

Château de Beauséjour

Louveciennes, château Beauséjour

Le château Beauséjour est construit en 1785 pour un certain Becquet de Beaupré. La propriété s’étend alors depuis la route de Versailles jusqu’à la rue de la Paix. La propriété change plusieurs fois de propriétaires, dont certains qui vont remanier le château à la fin du 19ème siècle et faire disparaitre les tourelles d’origine. Paul Kempf, maire de la ville, achète le château, puis le cède à la commune à la commune en 1931. La ville procède à de gros remaniements juste avant la seconde guerre mondiale pour y établir ses bureaux. De nouveaux travaux ont lieu en 1990 pour agrandir les locaux.

Château des sources

Louveciennes-chateau des sourcesLa peintre Elisabeth Vigée-Lebrun découvre Louveciennes en venant peindre Madame du Barry. Lorsque la révolution éclate, elle parvient à s’enfuir à Lyon, migre jusqu’à Rome puis visite l’Europe. En 1801, elle revient en France et en 1809, elle achète cette maison de campagne bâtie à la fin du 18ème. Mais après l’échec de la campagne de Russie, la France est envahie par les armées russes, prussiennes et anglaises. Une nuit de mars 1814, 3 militaires entre dans sa chambre, sabres à la main. Ils ressortent 4h plus tard, après avoir emporté tous ses objets de valeur. Elle se réfugie chez une amie et y retrouve d’autres femmes terrifiées. Elle finit par s’exiler en Angleterre où elle retrouve Louis XVIII et le comte d’Artois. Lorsque les Bourbons reprennent le pouvoir, elle regagne Paris, puis sa maison. Devenue aveugle, elle décède en 1842. Sa nièce héritière, Caroline, épouse le baron Louis de Rivière. Ce dernier revend le château en 1852, qui finit par échoir en 1860 à Auguste-Barthélémy Thélier, banquier. Il fait reconstruire le château en 1868. Achevé en 1871, les Prussiens l’occupent quelques temps. Puis les héritiers restaurent l’édifice et le conservent jusqu’en 1965. Le domaine est alors morcelé et loti.

Envie de découvrir Louveciennes à pieds ?

Château de l’étang

Louveciennes, Château de l'étangCet édifice, également appelé château Mallet, est construit en 1853 pour Guillaume Mallet, banquier fondateur de la banque de France. Il fait construire la maison Amanda destinée au régisseur du château. Après sa mort, le domaine revient à son gendre Philippe Vernes. En épousant Alice Mallet, ce banquier genèvois consolide la fortune familiale. Puis le compositeur Gabriel Fauré s’y installe quelques temps avant dépouser la fille du sculpteur Frémiet. Il fréquente le musicien St-Saëns, et le poète Leconte de Lisle. Sous la pression urbaine, des immeubles sortent de terre en 1965, en bordure de la rue du Pressoir. Mais l’essentiel du parc est préservé et transformé en parc municipal. On y accède par les Trois grilles. Une école de musique occupe désormais le château et sa dépendance.

Manoir du coeur volant

Louveciennes-coeur volantAprès son divorce en 1881, Lydie Aubernon de Nerville, nièce de Charles Laffitte,  achète ce manoir où elle se plait à tenir salon avec ses amis écrivains, historiens, politiques, philosophes, dramaturges, et même un commandant. Ses invités souffrent fort en été, en habit noir et souliers vernis, col, manchettes et plastron empesés obligatoirs. Durant la seconde guerre mondiale, le sinistre Goering y  perpétue quelques tortures dans les caves. En 1952, le comte de Paris achète le manoir et fait totalement rénover les bâtiments pour accueillir la famille de 11 enfants. L’une de leurs filles, Hélène, y épouse le comte de Limburg-Stirum, exploitant agricole, en présence d’une reine, de 19 altesses et 40 princes du sang … Après 1972, l’ambassadeur argentin Alvéar y réside avant de devenir président de son pays. Puis le manoir accueille l’actrice Danielle Darrieux.

Edifices religieux

Ville de Louveciennes, église St-Martin St-Blaise

 

L’église St-Martin St-Blaise, bâtie au 11ème siècle, est plusieurs fois remaniée au cours des siècles, sans doute en raison de dégradations. Par ailleurs, elle est équipée d’une cloche de 750kg en 1706, offerte par Louis, duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Ce leg ne l’absout pas : il meurt de la variole avec son épouse, Marie-Adélaïde de Savoie en 1712, deux ans après la naissance du futur Louis XV. La cloche, fendue, est refondue et réinstallée en 1775.

Après la révolution, l’église est transformée en grenier à foin et n’est plus entretenue. Quelques travaux sont entrepris pour limiter les dégâts en 1802. Mais en 1818, des travaux d’envergure doivent être entrepris. L’église est raccourcie et le pignon faisant face au presbytère se dote d’un portail et d’une entrée latérale nord. Classée monument historique en 1868, elle profite enfin d’un entretien régulier. Elle profite d’un nouveau clocher en 1897, le précédent, datant de 1750, étant tombé en 1833. A cette occasion, des sarcophages du 12ème sont retrouvés et laissés sur place.

Maisons de personnalités

Musique et peinture

De nombreuses personnalités ont vécu à Louveciennes, telles Camille St-Saens qui vit au hameau de Voisins en 1865. Professeur de Gabriel Fauré, il lui fait rencontrer la fille du sculpteur Emmanuel Frémiet, alors que Gabriel déprime depuis sa rupture avec Marianne Viardot, fille de la cantatrice. Gabriel finit par l’épouser, avant que le sculpteur ne réalise l’Archange surmontant le Mont St-Michel et la statue de Jeanne d’Arc place des Pyramides.

Louveciennes-Maison C PissaroEn 1870, Camille Pissaro s’installe  à côté de l’ancienne demeure des Pages du roi. Lorsque les Prussiens envahissent la ville, il s’enfuit et abandonne plus de 1500 toiles dans son atelier. Les Prussiens occupent sa maison pendant quatre mois, et utilisent son atelier comme d’abattoir. Ses œuvres sont piétinées, sauf une cinquantaine, cachée sous l’escalier. Il rentre en 1872, mais malgré un travail acharné, il reste pauvre. Alors il part tenter sa chance à Pontoise la même année.

Quant à Pierre-Auguste Renoir, il rend visite à ses parents établis dans le village depuis 1868. Leur fils loue régulièrement une maison pour l’été, avant de disposer d’un espace chez son ami le Docteur Baudot. Il peint la vue depuis les hauteurs, mais surtout la Seine depuis les berges. Jeanne, la fille du docteur, devient  son élève. 

Ecriture et spectacle

Louveciennes, Maison BardotA la fin du 19ème, la famille Bardot s’installe à Louveciennes, dans un pavillon norvégien de l’exposition universelle de 1889. Leur fils s’y établit après son mariage. Le couple donne naissance à Brigitte et Mijanou. Très vite, la jeune Brigitte se fait remarquer et engager dans le cinéma. Devenue une égérie de la sensualité, son icône fait bientôt le tour du monde. Le 18 juin 1959, elle épouse Jacques Charrier dans la maison familiale.

Sur le chemin de la gare, Alain Bernardin, fondateur du Crazy Horse, fait construire une vaste maison avec piscine tropicale et tennis privé. En 1985, il y épouse Marie-Claire Jourdain – surnommée Lova Moor, danseuse du crazy. A cette époque, Léon Volterra, directeur du casino de Paris, habite aussi le quartier.

Maison Charles MunchCharles Munch nait en 1891 en Alsace, d’un père chef d’orchestre. Enrôlé en 1914, il survit à la guerre. En 1921, il est soliste au violon à Strasbourg. A 40 ans, copiant son père, il devient chef d’orchestre. Alors qu’il dirige celui de Boston, il fonde l’orchestre de Paris en 1957 et s’installe à la Futaie de Louveciennes en 1962. Entre deux concerts, il se presse de rentrer pour retrouver son jardin, ses amis. Il meurt durant une tournée aux Etats unis en 1968 et est inhumé au cimetière.

Dans la même période, Georges Prêtre s’établit dans la ville de Louveciennes. Ses amis sont Maria Callas, Jean Cocteau, Gilbert Bécault,… Les musiciens de la Wiener Philharmonie de Vienne l’apprécient et le choisissent régulièrement diriger des concerts, notamment celui du Nouvel An. Il y loge un temps son fils dans sa maison, habitant lui-même ailleurs dans Louveciennes.

Et ailleurs…

Louveciennes_tour du levantConstruit entre 1681 et 1685 par Jules Hardouin-Mansart et Robert de Cotte, l’aqueduc est destiné à amener de l’eau dans les réservoirs desservant le château de Versailles et de Marly. Pompée dans la Seine depuis la machine située à Bougival, l’eau emprunte un canal tapissé de plomb sur 640m, porté par 36 arcades. L’eau arrive dans la tour du Levant et la tour du Jongleur la déverse dans les réservoirs aménagés à la batterie à Marly. En décembre 1870, elle est utilisée comme observatoire par le chancelier Otto von Bismark , pendant la bataille du Mont Valérien.  Il y reçoit Guillaume Ier de Hohenzollern, roi de Prusse, avant qu’il ne soit intronisé empereur d’Allemagne, à Versailles un an plus tard.

Crédits photos : NathyB, Tribune de Louveciennes, Wikipédia-Henri Salomé, Wikimédia-Patrice78500

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2 Comments

  1. Charles Munch est mort le 6/11/1968 à Richmond, Virginie et non en 1974.

    1. Merci beaucoup, cet article était long à écrire et en effet, j’ai saisi une mauvaise date trouvée dans mes lectures. Merci pour la correction. Bonne journée à vous

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