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L’Ile de France

Naissance de l’Ile de France

Premiers peuples

Les premiers occupants arrivent 13.000 ans avant Jésus-Christ, notamment près d’Etiolles. Mais il faut attendre l’ère gauloise pour voir des bourg s’édifier. Quatre tribus se partagent alors le territoire de la future Ile de France : au centre les Parisii, au nord les Véliocasses, à l’ouest les Carnutes, et au sud-est les Sénons qui créent Sens. Le royaume capétien s’organise à partir de Soissons, ville dominante établie par les Celtes.

Empire romain

Gaule romaineLa prospérité du pays attire la convoitise des peuples voisins, dont les Romains qui cherchent à se venger du saccage gaulois de -390 avant J-C. Ils commencent alors à envahir la Gaule. Au 2ème siècle avant J-C, les Francs pénètrent la Gaule par le nord. Avec l’arrivée de Jules César à la tête des armées romaines, la Gaule devient totalement gallo-romaine en sept décennies. Sur environ dix millions de Gaulois, cinq cents milles hommes sont tués et autant sont vendus comme esclaves à Rome. Pendant plus de quatre siècles, ils organisent le territoire, traçant des routes et édifiant des villes. Ainsi nait Lutèce. Amiens, Cluny, Bordeaux ou Lyon sont créées à cette époque également. Le pays s’unifie sous l’influence de la langue latine et des lois romaines.

Reflués aux 3ème et 4ème siècles par les Romains, les Francs (signifiant hardis) finissent par obtenir d’Aetius au début du 5ème, le droit de s’installer dans la région au nord de la Seine. En 432, ils font de Tournai leur capitale. Clovis s’y fait couronner et devient roi des Francs en 486. Mais il choisit Paris pour en faire la capitale des Francs. Ces derniers apportent avec eux une partie du nom du futur royaume.

Un empire avant un royaume

Gaule de ClovisL’empire romain disparait avec la destruction de Rome par les Barbares. Clovis en profite pour étendre son royaume dont les limites commencent à se dessiner entre la Loire et le Rhin. En 511, l’empire franc est divisé en cinq royaumes – Soisson, Reims, Orléans, Lutèce et Burgondes, chacun étant dirigé par un fils de Clovis. Guerres et héritages vont encore redéfinir le territoire franc durant plusieurs siècles.

Ces derniers, qui ont adopté la langue latine, contribuent à l’unification du territoire en le christianisant. Le culte est relayé par des évêchés installés dans chaque royaume. La première loi instituant le dimanche comme jour férié est émise par Childebert II en 595.

En 751, Pépin le bref est sacré roi des Francs. Avec son fils Charlemagne, il entreprend d’étendre l’empire carolingien, tout en délaissant Paris comme capitale.

Alors que les Vikings font de régulières incursions par les côtes de la Manche pendant soixante-dix ans, le roi fait ériger des fortifications le long de la Seine et de l’Epte. Parallèlement, il repousse les frontières de son empire à l’est et au sud. Aix la chapelle est choisie comme capitale de l’empire. En 800, Charlemagne est sacré empereur d’occident à Noyon ; son frère Carloman, sacré à Soissons, dirige l’empire oriental. Les carolingiens font de Clichy, situé entre Paris et St-Denis, un palais impérial.

Après la mort de Charlemagne, comtes et vassaux parviennent à rendre leur fonction héréditaire. Trois vagues d’invasions – Musulmans, Vikings et Hongrois, légitiment leurs statuts d’hommes de pouvoir. Une société féodale se met en place, caractérisée par sa division en trois ordres : le clergé, la noblesse et le Tiers état.

Emergence d’un domaine royal

Royaume du 10ème s.Les Normands s’étant ralliés au roi d’Angleterre, le roi des Francs, Charles le simple, finit par céder le comté de Rouen en 911, ainsi que tout le territoire compris entre l’Epte et la mer, en échange de la paix. Ce faisant, il leur abandonne le Vexin français. Le territoire central, cerné par plusieurs rivières, commence à ressembler à une île. Il est alors composé du Vexin français, du Noyonnais, du Laonnois, du Soissonnais, du Valois, du Parisis et du Hurepoix.

En 987, le roi carolingien, Louis V, meurt sans enfant. Hugues Capet, qui a soumis les grands vassaux, ainsi que Charles de Lorraine, fils de Louis IV, devient roi. Il établit aussitôt la monarchie héréditaire pour assurer le règne des capétiens. Paris redevient la capitale du royaume. La « Francie » est bornée au nord-est le long des rivières Escaut, Meuse, Saône et Rhône, au sud par les Pyrénées, incluant le comté de Barcelonne. Le domaine royal est toutefois réduit à Orléans, Poissy, Senlis et Attigny. Le reste du territoire est divisé en principautés : six comtés (Flandres, Vermandois, Blois, Anjou, Toulouse et Barcelonne), cinq duchés (Bretagne, Normandie, Bourgogne, Aquitaine et Gascogne) et le marquisat de Gothie.

Vers 1030, le pays est remodelé pour réduire le pouvoir des grands duchés. A partir de 1150, la lignée Plantagenêt monte en puissance, tandis que le pouvoir royal continue d’agrandir son domaine. Au début du 13ème, Philippe Auguste parvient à conquérir l’essentiel des possessions des Plantagenêt, agrandissant considérablement le domaine royal, tout en réduisant la menace anglaise portée par les Plantagenêt. Il établit le centre administratif du royaume à Paris.

Divisions et réunions de la guerre de cent ans

NageraLes grands seigneurs se rallient à St-Louis pour participer aux croisades en terres saintes. St-Louis n’en revenant pas, les querelles de succession sur le trône plongent le pays dans la guerre de cent ans. S’y ajoutent les ravages de la peste noire dès 1347 et les insurrections paysannes en raison de plusieurs famines. Très vite, la France perd la moitié ouest de ces possessions au profit du royaume d’Angleterre.

Leur reconquête démarre en 1364, sous l’impulsion de Charles V, aidé par Du Guesclin. Le fils du roi, Charles VI, frappé de démence, ne peut hélas poursuivre le travail de son père après 1380. Louis d’Orléans, chef des Armagnacs, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, se disputent déjà le trône. Mais en 1415, alors qu’Henri V d’Angleterre s’autoproclame roi de France, les rivaux s’unissent pour renverser leur ennemi.

Au moment de l’attaque, les Bourguignons se retirent laissant les troupes françaises se faire massacrer à Azincourt. Dès lors, Armagnacs et Bourguignons se livrent une guerre civile, laissant les Anglais avancer sur Paris. Henri V épouse la fille de Charles VI et devient officiellement héritier du trône de France.

En 1428, les Anglais reprennent les armes et s’emparent d’Orléans. Le dauphin Charles VII est extrêmement affaibli, seul un miracle pourrait effacer les rumeurs de bâtardise et le légitimer. Ainsi, en 1429, la pucelle venant du duché de Lorraine, Jeanne d’Arc, parvient à libérer Orléans. Soutenue par Charles VII, elle s’empare ensuite de Reims, en plein territoire bourguignon. Cependant, une fois sacré à Reims, le roi ne la soutient plus et sa tentative de reprendre Paris échoue.

Capturée à Compiègne en 1430, le roi préférant ménager le clergé, l’abandonne au jugement de l’évêque de Beauvais, proche des Bourguignons. Elle est brûlée vive à Rouen par les Anglais en 1931. Dès lors, le peuple se soulève contre l’occupant anglais, plutôt que contre Charles VII, favorisant ainsi la reconquête du royaume à son profit.

Officialisation de l’Ile de France

Un traité décisif

Le traité d’Arras en 1435 initie la constitution de la province telle qu’elle fut, jusqu’à la révolution. Le roi céde au duc de Bourgogne le Laonnois (Laon, le Noyonnais (Noyon), le Soissonnais (Soissons, Braisne, Coucy), le Valois (Senlis, Crépy, Villers-Cotterets) et le Beauvaisis (Beauvais, Beaumont, Creil), qui dépend dès lors de la Picardie. L’Ile de France restante inclut le Vexin français (Pontoise, Magny, Chars), le Mantois (Mantes, Meulan, Rambouillet, Saint-Germain-en-Laye), le Hurepoix (Dourdan, Corbeil, Longjumeau, Sceaux), le Gâtinais français (Nemours, Fontainebleau, Moret) et la Brie française (Brie-Comte-Robert, Lagny, Nangis, Villeneuve-Saint-Georges).

Les comtés de Dreux et de Montfort y sont ajoutés plus tardivement. Quant à la Brie, il faudra attendre l’ordonnance royale du 27 septembre 1693 pour mettre fin aux contestations dont elle est l’objet entre Ile de France et Champagne : la Brie est alors divisée en Brie française et en Brie champenoise (incluant Coulommiers, Château-Thierry et Montereau).

Charles VII nomme le comte de Clermont comme gouverneur de la province. Si le centre administratif reste en Ile de France, Charles VII et sa cour s’établissent à Chinon. Son successeur, Louis XI, lui préfère Loches. Les Anglais chassés, il poursuit les Bourguignons jusqu’en 1477.

La guerre a permis la mise en place d’un système étatique centralisé à Paris, avec des parlements provinciaux pour rendre justice royale en région et gérer les affaires sur place. Peu à peu, les principautés s’effacent, reconnaissant la souveraineté du roi de France. Cette organisation perdure jusqu’à Louis XII et François Ier, installés à Blois. Ce dernier décide de réinstaller la cour à Paris. Il choisit Fontainebleau et St-Germain en Laye, jugés plus sains que le Louvre.

Province et généralité

La province ainsi définie se dote d’une généralité de Paris, elle-même divisée en élections : Senlis, Compiègne, Beauvais, Pontoise, Mantes, Montfort, Dreux, Étampes, Melun et Nemours. L’intendant de la généralité est placé sous l’autorité du gouverneur.

Jusqu’au 16ème, le gouvernement de Paris reste réuni à celui de l’Ile de France. Mais sous Henri IV, ils sont séparés ; Soissons devient le siège du gouvernement militaire de l’Ile de France, Paris souhaitant conserver un gouvernement particulier.

Renforcement du pouvoir central et industrialisation

Etats-generauxSous Louis XIV, la monarchie assure son pouvoir en créant une administration centralisée. La cour délaisse Paris pour Versailles, tandis que l’hôtel de ville, fondé en 1533, reste à Paris dont la place Dauphine est achevée en 1607. Le Nôtre aménage la Grand Cour du Louvre qui devient, en 1707, les Champs Élysées. Pour répondre aux nombreux projets de construction du roi, les manufactures s’implantent à Paris, Meaux, St-Maur, Corbeil, Antony… Dans le même temps, un grand nombre d’habitants migrent vers la nouvelle France (Québec).

Au début de la révolution, les élections aux Etats Généraux montrent clairement l’antagonisme politique entre Paris et sa banlieue, souvent en retrait d’une révolution toute parisienne. Rapidement, la question d’un découpage administratif se pose.

En 1790, les commissaires de l’Assemblée constituante reconnaissent que le territoire de l’Ile-de-France peut former cinq départements, soit la Seine incluant Paris (trois kilomètres autour de la cathédrale de Notre dame) s’étirant vers le sud et l’ouest, la Seine et Oise au nord, l’Oise et l’Aisne au-dessus. La Seine et Marne, à l’est, est encore exclue de l’Ile de France ; elle n’y sera intégrée que 175 ans plus tard.

Cette division, ratifiée par l’Assemblée, correspond assez exactement à l’étendue de la province, sauf pour la partie septentrionale du département de l’Aisne, dont St-Quentin est le centre, et qui est picarde sans contestation.

Développement de l’Ile de France

Notoriété internationale

La centralisation administrative s’accentue sous Napoléon qui ambitionne de faire de Paris la capitale européenne. Les fonctions de préfet de la Seine et de préfet de police sont instaurées. Dès 1830, l’essor industriel bénéficie de la construction de voies ferrées maillées en étoile depuis et autour de Paris. En 1848, le train rallie Orléans, Rouen et Lille. Commencent alors les grands travaux du baron Haussmann, préfet de la Seine ; pour élargir les rues et rendre les quartiers plus salubres, la population est progressivement déplacée vers l’extérieur de Paris, de 1853 à 1870, tandis qu’ateliers et usines s’installent en banlieue pour employer cette main d’oeuvre locale. De nouveaux foyers familiaux s’établissent et la démographie explose.

Disparités entre la capitale et le reste de la région

Parallèlement, bien que la province existe officiellement depuis 1435, de profondes disparités existent au sein de la population francilienne, marquée par une histoire très mouvementée. Vers 1850, les paysans de Maisons-Laffitte appellent encore « vent de France » celui qui souffle de l’est, tandis que les habitants de Trilport, près de Meaux, déclarent aller en France lorsqu’ils traversent la Marne et se dirigent vers le nord-ouest.

L’organisation sociale de la province n’arrange rien. Tous les efforts d’amélioration urbanistique continuent de se concentrer sur Paris. Ce qui profitent grandement aux expositions universelles, dont celles de 1889 et 1900, qui offrent un rayonnement international à la capitale. Le métro s’ajoute bientôt au tramway pour transporter les habitants. Mais l’unité linguistique tarde à venir malgré l’enseignement du français à l’école. A la fin du 19ème, le parler d’Ile de France se distingue par quelques traits des autres dialectes, notamment dans la Brie et le Gâtinais. Le patois ou argot propre à Paris et à ses environs immédiats est également très caractéristique.

Sources : Fernand Bournon, Benjamin Guérard (Du nom de France et des différents pays auxquels il fut appliqué, 1849) et A. Longnon (L’Ile-de-France, son origine, ses limites, ses gouverneurs)

Industrialisation et urbanisation

Durant la première guerre mondiale, l’Ile de France est rapidement et fortement impliquée dans le conflit en soutenant les troupes du front grâce aux taxis de la Marne. C’est aussi en Ile de France que sont signés les traités de paix : à Versailles, au Trianon, à Sèvres et à St-Germain. Malgré les évènements, l’industrialisation se poursuit, captée par le rail et la notoriété de la capitale.

Pour accompagner l’explosion urbaine de l’après-guerre, liée à l’industrialisation de la banlieue, se pose la question de l’aménagement du territoire. Ainsi, la banlieue s’étend de plus en plus avec le fleurissement de lotissements et zones pavillonnaires.

Si les grandes grèves ont émergé dans le nord, au sein des mines de charbon, les ouvriers de l’Ile de France revendiquent de meilleures conditions de traitements et les partis politiques sociaux naissent et grossissent rapidement. Ainsi, en 1936, la Force ouvrière parvient à faire voter le droit de congés payés.

Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, le pouvoir central fuit l’avancée allemande pour se réfugier à Vichy. Très vite, la division des divers partis politiques s’accentuent quant à la position du chef de la nation vis à vis de l’envahisseur. Les partis ouvriers sont les premiers à organiser la résistance, avant d’être rejoints par d’autres acteurs de tout bord. Ensembles, ils mettent en place des groupes paramilitaires qui demanderont à être unifiés pour que la résistance devienne un mouvement national. La libération de Paris symbolise à elle-seule celle de la France : « Paris martyrisé, mais Paris libéré » – Général de Gaulle.

Puis dès le début des années 1950, les grands travaux de reconstruction sont engagés et amplifiés par la désertification des zones rurales. De grands ensembles sont construits en couronne de Paris, faisant disparaitre peu à peu les villages et paysages agricoles autour de la capitale.