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Le pays mantois

Naissance du Mantois

Premiers occupants

Yvelines et Mantois
Crédit : Wikipedia

Ce territoire est occupé depuis la préhistoire (2ème époque glacière), notamment le long de la Seine. De nombreux témoignages de la fin du néolithique nous sont parvenus jusqu’à aujourd’hui (mégalithes, polissoirs, dolmens, allées couvertes…).

Plusieurs villas s’établissent le long des deux voies romaines les plus importantes : Richebourg, Limetz-Villez, la Millière, Septeuil… puis d’autres voies sont construites pour couvrir le territoire. Il existe alors trois points de franchissement de la Seine : Mantes, Meulan et Poissy.

Pendant l’antiquité, les populations investissent progressivement le territoire, sans toutefois parvenir à une unité. La christianisation entreprise afin d’asservir le peuple entre les 4ème et 8ème siècle, est interrompue par les invasions barbares du 9ème.

Un territoire divisé

Jusqu’au 12ème siècle, le mantois est constitué de plusieurs pagis et d’un comté, chacun disposant d’une histoire en propre.

Le comté de Madrie

Comté de Madrie
Crédit : Wikimédia

Ce comté se forme sur un ancien territoire mérovingien, s’étendant entre Seine, Eure, Iton, Avre et Mauldre. Il est cité par le diocèse d’Evreux en 690. En 696, l’abbaye de la Croix St-Leufroy est fondée et rapporte à l’abbaye de St-Denis. En 768, Pépin-le-Bref, sur son lit de mort, donne à l’abbaye de St-Denis, quelques villages du Madrie : Condé sur Vègre, Bourdonné, Adainville, situés dans la forêt d’Yveline.

En 788, Nebelong, comte de Madrie, offre le fief de Cailly à l’abbaye de la Croix St-Leufroy. Il possède par ailleurs Villeneuve en Chevrie, Bréval, Rolleboise, Mantes, Civry la forêt, Hermeray, Adainville, Bourdonné, Condé sur Vesgre.

L’histoire de cette ancienne famille est difficile à reconstituer. On leur connait juste une origine germanique. Le premier arrivé sur ces terres, Childebrand, meurt en 754 à Guerville. C’était un opposant des moines de l’abbaye de St-Germain des prés. Curieusement, il décède brutalement en écoutant une messe. Son fils se trouve être le neveu de Charles Martel. Sa petite fille, Ingeltrude, épouse le fils de Louis le Pieux en 823.

En 853, sous Charles le Chauve, le pays de Madrie est annexé aux pays formés des anciennes cités de Chartres et d’Orléans : Blésois, Orléanais, Vendomois, Chartrain, Dunois, Évrecin, Étampois, Chatrais, Pincerais, Madrie.

Le comté finit par disparaitre lors du démembrement de la Neustrie via le traité de St-Clair sur Epte en 911. Mantes devient ville du Vexin français. Pourtant, la partie située entre l’Eure et la Seine, n’est au départ pas donné à Rollon par Charles le Simple. Mais elle devient sa possession pour grossir les biens de la Duchesse Ledgarde, bienfaitrice de l’église de Mantes, à la fin du 10ème.

Le Pincerais

Formé par les mérovingiens sur les vestiges de tribus gauloises occupant le pays carnute, le Pincerais se donne Poissy pour « capitale » et doyenné du diocèse de Chartres. Bien que ses contours soient incertains, il semble que ce pays se borne au bord de la Seine au nord, au pays d’Yveline au sud, au Drouais et au comté de Madrie à l’ouest et à Paris et l’Hurepoix par l’est.

Dans des écrits de 980 et 999, les rois Lothaire et Robert en font mention, comme division du comté de Meulan.

Vers 1296, l’officiel du Pincerais accuse de négligence et de faute le maire de Mantes qui ne déclare pas l’état lépreux de Renaud d’Arnouville.

Au centre, le comté de Montfort

Cette vaste étendue s’étire dans la continuité de la plaine de Versailles, prend place entre la vallée de la Mauldre, la forêt de Rambouillet, celles de Thoiry et Beynes, et les coteaux de la Queue en Yvelines. A partir du 10ème, ce territoire est sous l’autorité du chevalier Guillaume de Hainaut. Il donne naissance à une famille qui va s’avérer très puissante pendant 400 ans, tantôt en faveur du royaume, tantôt hostile.

Son fils Amaury et ses descendants essaiment des châteaux forts en France, en Angleterre, en Languedoc,… installant ainsi leur cercle d’influence. Amaury III est comte d’Evreux en 1137. Amaury VI est comte de Montfort en 1241. La lignée des comtes de Monfort du Mantois s’éteint en 1326.

Blason des MontfortCrédit : Wikipédia

Le Drouais

Ancien territoire des Durocasses, peuple gaulois carnute, il s’agit d’une région naturelle au nord de l’Eure et Loir, faisant office de carrefour entre la Normandie, la Beauce et l’Ile de France. Elle devient pays sous l’impulsion romaine et rapidement, Dreux en devient la capitale. Sa position en fait une place stratégique. Aussi est-elle très convoitée, tant par le duc de Normandie que par le roi de France.

A partir du 11ème siècle, les seigneurs s’allient pour constituer le comté de Dreux, et se positionnent en protecteurs du royaume. De fait, le Drouais est historiquement rattaché à l’Ile de France, tandis que Nogent le roi et Maintenon sont liés à l’Orléannais.

Le pays d’Yveline

Pyas d'Yveline
Crédit : BNF

Il s’agit d’une région naturelle historiquement constituée de forêt. Durant l’antiquité, elle sépare les Carnutes et les Parisii. Ses contours sont défrichés par les Gaulois puis les Romains pour fonder Ablis, Septeuil, Houdan et Jouars, où une villa s’établit au carrefour de deux voies romaines.  D’autres suivent à Richebourg et à la Millière.

C’est Grégoire de Tours qui lui donne son nom, alors que Clovis, roi des Francs, la cède à l’évêque de Reims. Au 6ème,  la nièce de Clovis et épouse de St-Arnoult, fonde un ermitage à Clairefontaine. En 557, Childebert, fils de Clovis, donne une partie de ce territoire à l’abbaye de St-Germain de Paris. Cette dernière y établit un monastère.

En 768, le pays d’Yveline s’est élargi. Il couvre désormais une partie de l’Hurepoix. Il est réparti entre plusieurs abbayes par Pépin le Bref.  Ce don est confirmé par Charlemagne en 774. Cette répartition est officialisée sous les noms Madrie, Pincerais, Etampois, Chartrains et Parisii.

Peu avant l’an 1000, Robert le Pieux, fils de Hugues Capet, se fait construire un château à St-Léger, pour s’adonner à la chasse, tandis qu’il fait dresser deux forteresses pour défendre son royaume, à Montfort et à Epernon. Il en confie la garde à Guillaume de Hainaut, chevalier, premier seigneur de Montfort.

La christianisation au service du royaume

Avec l’avènement d’Hugues Capet en 987, le domaine royal se consolide peu à peu, malgré la contestation des comtes de Meulan, du Vexin, de Montfort et de Rochefort. Philippe Auguste parvient à les soumettre à son autorité. Il fait élever plusieurs châteaux-forts pour parer de nouvelles invasions, tandis que le clergé renforce sa présence pendant le 11ème, en établissant une multitudes d’abbayes et de prieurés.

Eglise de ChevreuseDe grands défrichements sont entrepris par les religieux pour installer des abbayes : Neauphle le château en 1078, Clairefontaine en 1100, Houdan en 1105, les Hautes bruères en 1115, les Vaux en 1150, Grandchamp en 1150, St-Rémy des Landes en 1160, Notre-Dame de l’Ouïe en 1163, Notre-Dame de la Roche en 1196, Port-royal en 1204. S’y ajoutent plusieurs prieurés : St Thomas d’Épernon en 1053, Bazainville en 1064, St-Laurent de Montfort en 1072, Maule en 1076, St-Marin de Bréthencourt en 1104, les Moulineaux  en 1166…

En 1224, le Mantois devient comté incluant Montfort, Houdan, Rambouillet et Dourdan. En 1292, Yolande de Montfort épouse Arthur II  duc de Bretagne. Puis en 1532, le duché de Bretagne intègre le royaume de France. En 1692, Louis XIV cède le territoire à Charles-Honoré d’Albert de Luynes, duc de Chevreuse. Le comté devient ainsi duché. Charles-Paul d’Albert de Luynes, dernier duc, voit une grande partie de ses terres saisies et vendues pendant la révolution. Puis le pays est inclus dans le nouveau département de Seine et Oise.

En 1316, Mantes, Meulan, Bréval, et Montchauvet sont données par  Philippe le Long à son oncle Louis de France, comte d’Evreux, dernier fils de Philippe le Hardi. Puis la ville passe à son fils Philippe III, roi de Navarre et comte d’Evreux, puis en 1343, à son fils Charles de Navarre dit Le Mauvais.

Guerre de cent ans et guerres de religion

Lorsque la guerre de cent ans commence, les Anglais reprennent leurs incursions dans le domaine royal. Après avoir pris la Normandie, ils occupent et pillent les villes et villages. En 1346, Édouard III, roi d’Angleterre, s’installe à Poissy avant de livrer bataille à Crécy. Puis le prince de Galles, Édouard de Woodstock, incendie l’abbaye de Joyenval et le château de St-Germain, avant de continuer à tout détruire jusqu’à Bourg la reine.

En 1364, Charles V attaque les possessions de Charles II de Navarre. Bertrand du Guesclin parvient à s’emparer de Mantes, puis de Meulan. Le traité d’Avignon en 1365 permet la restitution de ses fiefs à Charles V en échange de Montpellier. Reprise par les Anglais, Mantes est définitivement libérée en 1449.

En 1562, Charles IX, alors âgé de douze ans, signe l’édit de St-Germain, autorisant les réformés à pratiquer leur religion dans certaines conditions. En 1564, Catherine de Médicis réunit 46 prélats catholiques, 12 ministres du culte protestant et une quarantaine de théologiens à Poissy, afin de maintenir la paix religieuse. Mais cette assemblée se solde par un échec. Poissy est prise et pillée par les Huguenots en 1567.

Etablissement du pouvoir à Versailles

La fin d’une époque

La paix rétablie durablement, Louis XIII choisit Versailles en 1631 pour construire le château de Versailles sur un ancien pavillon de chasse acheté en 1624. Mais c’est son fils qui fera les travaux avant d’y transférer la cour en 1682.

En été 1789, s’ouvrent les états généraux pour que les députés s’engagent à ne pas se diviser avant d’avoir rédigé une Constitution  pour la France. A l’automne, le roi fuit, en vain. L’administration migre à Paris.

Les prémices des temps modernes

Sacre emrpereur allemand 1870
Crédit : Wikipédia

En 1806, Versailles a perdu moité de ses habitants (environ 25.000 habitants). À la chute de Napoléon en 1814, la région est occupée par l’armée prussienne, puis en 1815 après Waterloo. Le général Exelmans repousse l’envahisseur à Rocquencourt le 1er juillet 1815, mais l’état-major français a déjà décidé de signer l’armistice le 3 juillet suivant.

Les prussiens reviennent en 1870 en entrant dans Versailles en septembre. Les troupes réquisitionnent vivre et matériel, et incendient plusieurs villages, dont Mézières. En 1871, le roi prussien, Frédéric Guillaume 1er se fait sacrer empereur d’Allemagne dans la galerie des glaces, ce qui alimente la haine du germanique. La 3ème république siège à Versailles jusqu’en 1879. L’élection du Président de la république par les deux chambres du parlement se fera à Versailles à 17 reprises jusqu’en 1953.

C’est au même endroit que sera signé le traité de Versailles en juin 1919, à la demande du général Clémenceau. Le traité de St-Germain, la même année, est suivi par le traité de Trianon en 1920.

Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands s’installent dans la région. Presque tous les habitants ont fui, il ne reste que 10.000 habitants sur Versailles, au lieu de 60 000. Les bombes de 1944 frappent Trappes, Versailles et Mantes, dont le vieux centre est presque entièrement dévastés. De nombreux civils perdent la vie. Les troupes américaines libèrent le Mantois en août 1944. Trop tard hélas pour les 27 résistants massacrés la veille à Chatou.

En 1951, le quartier général du commandement allié en Europe s’installe dans le camp Voluceau, à Rocquencourt. Il y restera jusqu’en 1967, avant son transfert en Belgique.